La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

s'rL y EUT DU SOCIALISME DANS LES CAHIERS DE 1789 651 qu'il n'y eut aucune velléité socialiste chez les rédacteurs des cahiers de 1789. Il y eut un grand désir de réformes sociales, politiques, économiques, humanitaires. Il n'y est pas la moindre volonté de porter atteinte aux assises profondes de la société ( r). IV L'examen des brochures et des livres doit donner évidemment des résultats un peu différents. En effet, cette littérature exprime les avis d'individus isolés, non plus de groupes sociaux; elle est par conséquent plus accessible aux théories violentes et radicales, et en même temps, pour la même raison, ses témoignages sont d'un poids moins significatif. On peut faire commencer, dès 1787, le mouvement « brochuricr », qu'accompagna la convocation des Etats-Généraux; il s'activa pendant la période électorale, et il faut lui rattacher les écrits qui parurent pendant les deux ou trois premiers mois où siégèrent les Etats-Généraux et qui furent rédigés souvent avant leur ouverture. On a évalué à r, 500 le nombre des brochures qui parurent pendant la ' période électorale. Ce nombre est trop faible assurément et doit être plus que doublé si l'on y ajoute les ouvrages que nous venons d'indiquer. J'estime qu'au bas mot 4,000 brochures de tout genre demandaient des réformes, et probablement ce chiffre encore est insuffisant. L'armoire du Châtelet et le coffre de !'Hôtel-de-Ville furent ouverts à tous. Tous ceux qui n'avaient pu faire prévaloir leurs idées dans les cahiers, tous ceux qui n'avaient pas été appelés à les rédiger eurent donc le moyen de faire connaître leurs critiques et leurs vœux. Les brochures de 1787 à 1789 sont le complément naturel et important des cahiers et c'est en les étudiant que nous verrons si, à défaut d'un courant socialiste général, il y eut individuellement des velléités socialistes notables. Dans mon ouvrage sur le Socialisme au dix-httitieme siecle, j'ai analysé un grand nombre de ces productions; j'ai depuis repris et complété mon enquête en y comprenant toutes celles que les catalogues et les ouvrages imprimés m'ont fait penser pouvoir toucher à la question sociale. Mes conclusions sont restées exactement les mêmes. Parmi ces quatre mille ouvrages, ceux qui critiquèrent dans un sens socialiste quelques-uns des abus' de la société sont trés rares; et ceux (1) Sur la modération des cahiers, voir l'ouvrage cité de M. E. Champion en général et particulièrement, p. 225 et suiv. - • '

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