LA REVUE SOCIALISTE vœux tout à fait analogues sont formulés, d'ailleurs sur un ton trcs modéré (1). Ils déplorent la misère qui résulte pour eux de la libre concurrence : elle les met à la merci ,du marchand fabricant qui profite même de la charité d'autrui : « Il <l'iminue d'autant le prix des façons qu'il espère que les maîtres reçoiYent d'ailleurs du soulagement ». Il faudrait que le salaire variât selon le prix des denrées. Les salaires actuels ne donnent pas à vivre à qui travaille dix-huit heurès par jour. Or, il faut que le pauvre soit assuré de subsister par son travail (2). Son droit de travailler librement et de subsister doit ètre l'équivalent du droit de propriété du riche. Aussi l'une des demandes qui reYiennent le plus souvent est la création d'ateliers publics, où tout le monde puisse aYoir du travail en toute saison. C'est notamment un des vœux les plus Yifs du cahier du tiers de Paris (3). Une telle demande n'avait rien de nouveau. La royauté elle-même venait de créer des institutions de ce genre. C'était une mesure humanitaire conforme à toutes les habitudes de l'ancien régime. Un grand nombre de cahiers y virent le meilleur moyen de remédier à l'une des plaies les plus cruelles du temps, à la mendicité. On y ajoute d'autres remèdes conformes aux idées du temps et dont l'étude relève de l'histoire de l'assistance publique, non de celle du socialisme : on veut la création de bureaux de charite, ou une réglementation sévère pour prévenir la mendicité; ou bien chaque paroisse subviendra, comme en Angleterre, à l'entretien de ses pauvres. Quelques-uns désirent supprimer les dcpôts de mendicité; d'autres veulent que l'État subvienne aux besoins <le tous les pauvres (4). Il faudra améliorer et multiplier les hôpitaux. Aucune de ces demandes ne procède d'une i<lée révolutionnaire. Si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur les vœux que nous venons d'analyser, nous constaterons aisément qu'ils ne correspondent nullement à l'épanouissement d'un courant socialiste qui se serait grossi pendant tout le dix-huitième siècle. Les quelques demandes où nous verrions aujourd'hui un caractère socialiste sont presque toujours inspirées par des pratiques familières à l'ancien régime et n'indiquent en aucune manière un esprit de réforme nouveau. Le reste est singulièrement peu de choses : peu de choses en soi, car ces demandes sont bien rares; moins encore et presque rien, quand on considère leur place dans l'ensemble des vœux qui furent présentés en 1789, où elles sont complètement insignifiantes. On peut donc très hautement affirmer (1) Chassin, Génie de la Révol11tio11, t. I, p. 199 et suiv. (2) V. Chassin, Les Électiom et les cabiers de Paris, t. IV, p. 66. (3) Id., t. III, p. 354. (4) V. par exemple Arcbives parlementaires, t. VI, p. 375, article 18; p. 418, article 18, etc.
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