La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

s'rL y ·EUT DU SOCIALISME DANS LES CAHIERS DE 1789 649 C'est par ces moyens, surtout par la suppression des priviléges onéreux, et par une meilleure répartition de l'impôt, que l'on espère, en général, améliorer le sort de la partie la plus infortunée du peuple. D'autres souhaits viennent s'adjoindre à des doléances quelquefois amères, plus souvent douloureuses et résignées, sur le sort malheureux des campagnes (1). Quelquefois on demande que, comme en Suède, les paysans forment un quatrième ordre qui puisse faire connaître ses souffrances particulières. Mais plus souvent les remédes sollicités ont un caractère plus matériel. Il faut, crie-t-on, « soulager cette classe indigente des gens de campagne si utiles ~ l'Etat ». Peutêtre pourrait-on créer une banque nationale qui leur avançât de petites somrnes (2). Le cahier de la paroisse de Grury déclare que le sort des cultivateurs qui reçoivent pour salaire la moitié du produit du sol qu'ils cultivent est « bien plus fâcheux que celui des esclaves qui s'achètent à prix d'argent» (3). Et les· doléances qui suivent semblent extraites de l'œuvre de Linguet. Mêmes plaintes à peu pres dans le cahier de la communauté de Saint-André : « Le sort des esclaves est préférable a celui des cultivateurs qui ne tirent aucun avantage de leurs travaux et sont forcés ordinairement, comme tous ceux de cette malheureuse classe, d'être réduits a la dernière misère pendant leur vieillesse» (4). Plus malheureux encore sont les véritables journaliers, ceux qui ne sont attachés a aucune terre et qui n'ont pour subsister que le travail de leurs bras. Pour ceux-la, on demande souvent, comme avait fait Vauban, l'exemption de toute imposition. Quelquefois, plus rarement, on voudrait voir assurer aux journaliers un salaire minimum approprié à leurs besoins et au prix du blé. La paroisse de Gournaysur-Marne demande qu'il soit fixé à raison de dix-huit deniers par liYre du prix du blé. La paroisse de Mareil, en France, demande que le salaire croisse avec la cherté du blé. La paroisse de Noisiel-surMarne demande que le salaire des journaliers soit réglé équitablement selon les besoins de l'humanité, au lieu de l'abandonner aux estimations des riches que favorise toujours la grande concurrence. La paroisse de Saint-Maxime-les-Champs présente un taux des rétributions à allouer aux journaliers de la campagne selon la cherté du blé et selon les saisons (5). A Lyon, où une partie des ouvriers vota, de{ (1) V. sur la m1sere eu 1789, Edme Champion, La Fra11ce d'ap,·es les ca/Jiers de r789, 1897, p. 24 et 220 et suiv. _ (2) Chassin, Les l:.kctio11set les cahiers de Paris, t. HI, p. 492. Cahier d'tm ékcteur de Notre-Dame. (J) Id. p. 177.6. (4) Charmasse, op. cil., p. 86. (5) Arcbiwt parlementaires, t. IV, p. 588, article 15 § 3; p. 673, article 29; p. 771, article 26. (

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