La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE détruire l'inégalité fondamentale et juste qui est en elle. Le; cahiers sont à peu prés universels à demander l'égalité devant l'impôt, c'est-à-dire l'établissement d'un impôt égal pour tous et proportionnel aux fortunes. Il faut que les rentiers, les capitalistes, les banquiers, les commerçants en soient frappés. Qu'on en exempte les manouvriers et les journaliers qui n'ont pour vivre que leurs bras, et aussi les veuves et les vieillards indigents. Le luxe est sévèrement blâmé; parfois on demande qu'il soit supprimé par une loi somptuaire. Dans tous les cas, il doit être soumis a toutes sortes d'impôts : impôt sur les maisons à porte cochère, les voitures, les chevaux, les domestiques, la poudre de chasse, les vins et liqueurs étrangers, etc., etc. On rencontre ces demandes un peu partout et presque aussi sou~nt dans les cahiers des privilégiés que dans ceux du tiers. La noblesse est peut-être la plus malveillante pour les financiers et le clergé le plus violent contre le luxe et les abus de la richesse. Chose curieuse, l'idée de l'impôt progressif, qui fut tant prôné par les philosophes du dix-huitieme siecle, et qui va si vite revenir en faveur, est a peine indiquée dans les cahiers. Je ne la vois guere clairement énoncée que dans les lignes suivantes du cahier de Bréau -le- Vigan : « La répartition [de l'impôt] doit être faite de manière que le pauvre paie peu, l'homme aisé davantage et le riche beaucoup, non seulement sur une règle proportionnée, mais en raison combinée des sacrifices que chacun peut faire sans nuire a ses besoins» (I). La question des successions n'est pas traitée avec moins de modération. Nulle part n'apparaît l'idée de faire profiter l'État et la communauté du passage des biens d'une main à une autre. On demande généralement l'égalité dans les successions, une limitation du droit de tester, bien rarement et seulement à un degré fort éloigné des restrictions à la faculté d'hériter. La question du commerce des grains était vitale au dix-huitieme siècle. Elle avait suscité non seulement une littérature énorme, mais des mouvements populaires violents. Les années qui avaient précédé r789 venaient d'en être particulierement agitées. Aussi trouve-t-on un grand nombre de demandes relatiYes au commerce de cette denrée précieuse : demandes de prohibition ou de liberté du commerce, création de greniers publics, fixation du prix des grains, réclamations contre l'exportation ou l'accaparement. Il ne s'agit d'ailleurs que de procédés familiers à la monarchie de l'ancien régime, et il est impossible d'y voir la trace d'une idée nouvèlle. (1) Rouvière, Histoire de la Rivolutio11française da11sle département d11Gard, 1887, t. 1, p. 478. ..

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