La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

s'IL y' EUT DU SOCIALISME DANS LES CA.HIERS DE 1789 647 le contexte prouve assez que le clergé d'Autun vise uniquement certains privilèges abusifs, dont, au surplus, il ne demande la· suppression qu'avec ménagements et indemnités. C'est de la même manière que l'on interprétera la stipulation des curés de Châtillon-sur-Seine demandant le respect de toutes les propriététés « excepté de celles qui seront jugées abusives par les États-Généraux» (1). En réalité, il est infiniment rare de voir proposer quelques modifications au droit de propriété lui-même. La commune d'Epécamp vitu pere « le recèlement et les fraudes des riches propriétaires » ( 2). Mais il semble que l'avarice seule des riches propriétaires de blé soit visée. Il faut citer comme exceptionnelle la demande de· la paroisse de Fosses, tendant à limiter la propriété des seigneurs (3). Qu'on fasse rendre gorge comme en 1716 aux fortunes révoltantes (4). Que l'on rende plus facile aux pauvres d'acquérir les biens, qu'on donne aux paysans pauvres le moyen d'avoir des bestiaux et quelques terres invendables (5), c'est le maximum de ce qu'osent solliciter les cahiers les plus hardis. Qu'on lise dans les Archives parlementaires les considérations de la noblesse de Lille sur la nécessité du maintien des propriétés (6), et l'on aura assurément l'opinion de la majorité des électeurs. La question de l'affectation des"bÏens communaux fut discutée dans ui1 assez grand nombre de cahiers, mais, la encore, il ne faut pas voir d'entreprise contre la propriété. Les biens communaux appartenaient aux communes, et natù?ellement, plus haut, relevaient de l'État. Il n'y avait donc rien de subversif à demander à ce dernier des mesures générales sur leur administration, quand celle-ci ne paraissait pas satisfaisante. Il y a sur la question des biens communaux deux sortes de demandes à peu près aussi nombreuses. Tantôt, dans l'intérêt des citoyens indigents, on réclame leur défrichement et leur partage; tantôt, afin que les pauvres ne soient pas dépouillés de leur unique patrimoin!, on insiste pour que l'État décrète leur inaliénabilité. Les arguments économiques et humanitaires ne font défaut à aucune des deux causes. ~ La propriété demeure donc respectée, et, pour réformer la soCJeté qui évidemment est loin d'être parfaite, il suffit de lois sages et de remèdes prudemment appliqués qui remédieront à ses abus sans (1) Chassin, Cabiers des curés, 1882, p. 343. (2) Docu111e1p1olsur servir à l'Histoire de la Révolutio11française daiis le déparlemmt de la Somme, 1888, t. I, p. 108. (3) Archives parle111e11laires, t. IV, p. 563, article 17. (4) Charmasse, op. cil., p. 104. (5) Arcbfres parlementaires, t. III, p. 625, articles 19 et 23 du cahier de la noblesse de Mâcon; id., t. IV, p. 564, article 22 du cahier de la paroisse de Fosses; Chassin, Les Élections et les cahiers de Paris, t. III, p. 342 (cahier du tiers-état de Paris), etc. (6) Archives parlemmtaires, t. Ill, p. 529, article 29. -

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