La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE ces mesures avaient en effet un aspect illégitime aux yeux d'une partie de ceux qu'elles frappaient, beaucoup de privilégiés eux-mêmes les considéraient comme légitimes et les appuyèrent totalement ou partiellement. Et dans tous les cas, il n'y aYait pas l'ombre d'une idée hostile à la propriété dans l'âme de ceux qui les réclamerent. Les droits féo..,__ daux étaient réputés une atteinte à la libertc individuelle. Quant aux biens du clergé, l'idée ne Ycnait pas que les droits du roi à leur égard pussent être révoqués en doute. Ajoutons que nulle part, ou à peu près, on ne demandait la suppression de ces privilèges sans indemnité. Il s'agissait d'obtenir la faculté de rachat des droits feodaux, le remplacement du droit de propriété du clergé par un salaire, c'est-à-dire quelque chose comme une expropriation pour cause d'utilité publique, moyennant une indemnité suffisante, mesure fréquemment appliquée de nos jours et qui n'a aucun caractère socialiste. Il n'y avait donc nulle attaque contre la propriété indiYiduelle dans l'esprit de ceux qui critiquaient ces priYiléges; ils prctendaient uniquement qu'elle ne pouvait légitimement s'exercer sur telles matières et l'idée ne leur venait nullement que l'on pût appliquer le procédé de critique à toute autre catégorie de possessions, qu'ils jugeaient complétement sacrées et inYiolablcs. Il ne faut donc Yoir aucune hypocrisie, aucune précaution oratoire dans ces universelles protestations de respect à l'égard de la proprictc. Il Ya sans dire que les privilégiés les cnoncent avec ardeur. Le tiers et le bas clergé, qu'ils attaquent ou non certains privilèges, ne sont pas moins explicites. Tous proclament dans des termes approchants ou identiques ce que déclarait le tiers de Paris : « L'objet des lois est d'assurer la libertc et la pro~ priété » ( 1). On ne peut songer à retenir toutes les demandes tendant à proclamer l'inviolabilité des propriétés, le respect qui leur est dû, leur caractère sacré, le droit de chaque citoyen de n'être dépouillé de son bien que pour cause d'utilité publique et moyennant un large dédommagement. C'est le début presque invariable de la plupart des cahiers qui énoncent quelques principes généraux. Aussi, serait-cc un contre-sens que d'interpréte~ dans un sens socialiste quelques phrases telle que celle-ci, extraite du cahier des delibérations du clergé d'Autun : « On examinera si parmi les objets qu'on réclame à ce titre [au nom du droit de propriété], il n'en est pas qui n'ont jamais pu être une propriété, comme présentant une violation constante du droit naturel» (2). Certes, selon l'interprétation du mot« droit naturel», une telle maxime peut prendre un caractère fort révolutionnaire. Mais (t) Chassin, Les Éleclio11sel les cabiersde Paris e11 1789, 1888-1889, t. III, p. 356. (2) A. de Charmasse, Cabiersdesparoissesel com1111111a11lés du bailliaged'Aul1111, 1895, p. 355.

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