LA REVUE SOCIALISTE secondaires des bailliages et des sénéchaussées, toutes les assemblées générales du tiers-état, de la noblesse et du clergé furent invitées à dresser les cahiers des paroisses et des corporations, puis, par voie de réduction, ceux des villes et des bailliages secondaires; enfin, à la suite d'une réduction nouvelle, ceux de chaque ordre ou des trois ordres réunis en sénéchaussée ou en bailliage principal. Il y eut une grande activité dans ces assemblées qui, en général, se tinrent librement et exprimérent librement leurs vœux. Sans doute, dans la plupart des cas, la rédaction en fut confiée aux hommes instruits, par là même aux privilégiés et aux modérés. Il n'en est pas moins certain qu'un nombre immense de cahiers, beaucoup notamment de cahiers des assemblées primaires, nous transmettent sans intermédiaire la pensée des classes les plus humbles : « Les cahiers furent préparés par l'élite intellectuelle de la nation, écrits par les commissaires élus de chaque assemblée plébéienne, noble, ecclésastique, discutés, comparés et enfin approuvés par la masse des électeurs délibérant et votant en pleine liberté. Les griefs et les vœux qui y sont exprimés sont donc réellement les griefs et les vœux de cinq à six millions de Français » ( 1). Ils sont << le dépôt public et irrécusable de toutes les opinions et les vœux de la France entière » (2). Il est donc inutile d'insister davantage sur l'importance historique des cahiers. Mais il faut faire remarquer qu'ils ne sont pas seuls à nous révéler l'état des esprits en 1789. Ils ne nous donnent pas, a-t-on dit, l'opinion de l'universalité de la France. D'autres documents nous font connaître les idées de cette France qui ne put pas y exprimer sa pensée. A Lyon, par exception, une partie des manouvriers et des ouvriers votèrent et rédigèrent leurs vœux. A Paris, comme il fallait payer au moins six livres de capitation pour élire dans les assemblées primaires, la classe inférieure fut, plus qu'ailleurs, privée du vote. Mais elle eut d'autres moyens de se faire entendre. La liberté de la presse fut presque absolue pendant la période électorale, sinon pour les périodiques, au moins pour les brochures, ou chacun pouvait énoncer sa pensée. De plus, il y eut un tronc créé à l'Hôtel-de-Ville, une armoire au Châtelet, où il fut loisible à chacun d'aller déposer ses plaintes et ses doléances, anonymes ou signées, sans craindre aucune censure. On trouva cent-une pièces danJ l'armoire et cinquantetrois dans le tronc. Tout le monde put donc produire ses vœux au grand jour. Les cahiers ·de degrés divers nous révèlent l'opinion de toute la France, moins les ouvriers ; les brochures et les livres nous font connaître celle (1) Chassin, Le Géllie de la Ré-volutio11, 1862-1863, t. I, p. 334-335. (2) Molleville, Histoire de la Ré-volution, an IX, t. IV, p. 179 (paroles de Malouet). -
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