' s'IL Y E,UTDU SOCIALISMDEANSLESCAHIERSDE 1789 64 3 esprits peuvent faire preuve de sensibilité et d'ingéniosité; il est rare que l'on rencontre l'écho d'une indignation profonde ou d'une vraie souffrance. Aussi l'autorité ne s'y trompe pas: les livres socialistes sont publiés impunément ou ne sont poursuivis que quand ils attaquent en même temps la religion et le gouvernement. La question sociale ne passionne pas les esprits. Trop d'autres sont plus brûlantes; et la plupart des novateurs sont bien près de croire que toute la félicité possible sera acquise a l'humanité quand elle jouira de l'égalité civile et politique et de la liberté religieuse. A part le curé Meslier, nul ne l'a envisagée dans son ensemble et n'a mesuré son importance. La chronologie des ouvrages socialistes, leur caractère, celui de leurs auteurs, tout concourt a prouver qu'il n'y eut pas, au dix- huitième siècle, un mouvement socialiste qui se serait accru et développé graduellement. Nous n'avons affaire presque toujours qu'a des dissertations de lettrés, d'hypocondres ou de fantaisistes, dissertations conformes au goût du jour, aux tendances générales des esprits, mais qui n'ont pas de racines profondes au cœur de la nation. Ces théories ne prendront une forme politique et pratique, au lien d'une forme métaphysique et spéculative, que quand des circonstances nouvelles viendront violemment attirer l'attention sur les idées qu'elles avaient émises parfois. Alors seulement elles pourront paraître s'accommoder assez a la réalité pour que quelques esprits s'y attachent sérieusement. I I 1 Rien ne prouve mieux le caractère superficiel de ce qu'on a appelé le mouvement socialiste du dix-huitième siècle que la place occupée par des plans de réforme socialiste dans le bilan général qui fut dressé en 1789 de tous les vœux de la vieille société française. On l'a souvent dit, et l'on ne saurait 'trop le répéter, il est difficile d'exagérer l'importance de tous les documents, cahiers, brochures, pétitions, etc., qui virent le jour en 1788.et en 1789. Ce fut véritablement presque toute l'ancienne France qui rédigea ses dernière_s volontés. On ne peut guère évaluer a moins de cinq a six millions le nombre de ceux qtii concoururent a la formation des cahiers. Dans le tiers, aucune distinction ne fut faite entre les votants. Dans les. campagnes, le suffrage fut presque universel; dans les villes, il fut un peu plus restreint, car, d'une manière générale, les manœuvres et journaliers, les hommes non touchés -par l'impôt, ne figurèrent pas dans les listes électorales. L'élection des déput~s et la rédaction des cahiers furent faitesJ on le sait, à plusieurs degrés. Toutes les assemblées primaires, communales, corporatives, municipales, toutes les assemblées I
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