LA REVUE SOCIALISTE ailleurs le caracterc de ces attaques (r). Qu'il me suffise de rappeler ici que depuis le commencement du dix-huitieme siecle les fondements mêmes de la société moderne avaient été ébranlés au nom du droit de la nature, de la bonté primitiYe de l'homme, des besoins de la sensibilité. Pour ne citer qu'un nom, le curé Meslier s'était élevé contre la société chrétienne avec une violence que seuls ont égalée nos anarchistes les plus :n,1ncés. Après 1750, le nombre de ces critiques va croissant. L'influence de Rousseau est énorme, et l'on ncglige souvent les restrictions par· lesquelles il avait atténué la portée de ses paradoxes; l\lably, Morclly et bien d'autres marchent sur ses traces ou le dépassent. Leurs ccrits ont géncralement l'allure de dissertations morales plutôt que de revendications sociales. D'autres écrivains, tels que Necker et Linguet, abordent la même question, non plus par le côté philosophique, mais en faisant la critique de la prétendue science économique fondée par les physiocrates. Ceux-ci insistent sur l'importance de l'élément matériel dans le problcme social; leurs adversaires ne les en blâment pas, mais s'efforcent de montrer sur le vif l'effet des lois qu'ils veulent légitimer. Les années qui suiYirent 1775 furent d'une grande indigence littéraire apres l'cxccs de production qui avait précédé; sur la question de la proprieté en particulier, il n'y a guère que le livre de Brissot qui, a propos de la réforme des lois criminelles, énonce des idées avancées. On voit donc que la question sociale a été mise sur le tapis pendant le dix-huiticme siccle a plusieurs reprises, et avec une certaine vivacité. Quelques écri\'ains en ont été si frappés qu'ils ont cru voir d'un bout du siècle a l'autre une espèce de grand courant communiste qui, imperceptible d'abord, se serait graduellement grossi et aurait fini par dèborder sous la Révolution en torrent furieux, menaçant d'emporter avec la société de l'ancien régime la plupart des principes qui régissent la notre. Il y a là une erreur complète, ou au moins une forte exagération. Il est dangereux de vouloir systématiser à l'excès. Quiconque a étudié dans son ensemble et sans parti-pris la littérature socialiste ou pseudosocialiste du dix-huitième siccle est frappé de sa variété et de son peu de cohésion. C'est à propos de questions di\'c-rses, presque par ha~ sard, sous forme d'argument accessoire, que la question sociale est abordée, et il ne se forme pas de « partis » dans ces discussions. Il est difficile de trouver des hommes plus différents que le curé Meslier, le marquis d'Argenson, le financier Necker et Jean-Jacques Rousseau: tous cependant sont en quelque chose socialistes. C'est que le socialisme d'alors est une matiére a théories sans portée pratique, où les beaux (1) André Lichtenberger. Le Socialisme att di.T-buitieme siecle, 1895.
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