La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

I 618 LA REVUE S~CIALISTE pronunciamentos, les admirateurs des \Veyler, le néo-boulangisme hispanique des Romero Robledo, qui bénéficieront d'abor<l, dans la déroute du pouvoir, de l'agitation des esprits? Sera-ce le parti républicain conser\'ateur, celui qui avec Castelar s'apprête déja à recueillir la succession d'Alphonse XIII et qui voudrait immobiliser à son tour la Péninsule dans ce stade équivoque où nous nous débattons depuis vingt-sept ans? La lutte sera entre ceux-ci et ceux-là, car le carlisme nous parait mort comme l'orléanisme chez nous : tout cela, c'est le passe. L'Espagne reclamera du nouveau : elle sait trop bien que le. duc de Madrid lui ramcnerait seulement la royauté d'Alphonse XIII, la régence de Marie-Christine avec un peu d'obscurantisme et de compression monacale plus encore. Mais, quel que soit le vainqueur immédiat, le césarisme ou la république conservatrice, l'avenir est là-bas, de même que partout, à la démocratie sociale. Comme les cvénements d'Abyssinie, la défaite d'Adoua ont multiplie les forces de nos amis d':talie au point de quadrupler d'un coup leur représentation au Parlement, les événements des Philippines et des Antilles activeront à Bilbao, a Barcelone, à Valence, à la Corogne, à Santander, le recrutement socialiste. Le premier scrutin qui suivrait l'effondrement dynastique serait sûrement une surprise pour les triomphateurs du jour. Le 4 Septembre de la couronne d'Espagne marquera au dela des Pyrénées l'origine d'une poussec démocratique d'une irrésistible puissance. * * * ' - Ce n'est point sans une émotion profonde, quelle que soit la cause en jeu, que l'on doit accueillir, en cette fin du dix-neuvième siècle, une guerre de deux Etats civilisés. Depuis vingt-sept ans, depuis la clè>ture de cette ère sanglante jalonnée par les campagnes d'Italie, de Bohême et de France, la paix régnait sur les grandes nations des deux mondes. Le conflit russo-turc, comme le conflit turco-grec plus récent, s'étaient déroulés sur les confins de la culture latino-germaine; le conflit sino-japonais s'était produit en dehors d'elle. Les armées \'Cillaient aux frontiéres, de la pointe· de Cadix à la Vistule, prêtes à la lutte immédiate, absorbant chaque année la sève productrice des peuples, épuisant leurs millions en une consommation sterile. Mais cette paix inquiète, basculant sans cesse vers la conflagration universelle, était encore la paix. Le canon n'avait point tonné, le sang ne coulait pas; la griserie des batailles proches n'obscurcissait plus la vision de l'humanité. Et en définitive, cette prolonga;ion d'un équilibre même anormal désorganisait peu à peu les velléités

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