A PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE 617 Et alors les Yieilles thèses développées éloquemment sur les libertés américaines intangibles, sur l'impuissance présidentielle a sabrer la Constitution, ne seront plus que des souvenirs lointains. Le militarisme ne s'accommode point du fédéralisme. Il lui faut la centralisa tion. Les Hollandais du dix-septième siècle étaient aussi des marchands; leur république était aussi fondée sur le droit égal des provinces, a se gouverner librement; elle avait horreur de la guerre; tout y était disposé pour y morceler l'autorité et pour réduire les ambitions individuelles. Un beau jour pourtant, sous la pression des hénements extérieurs, qu'il convient toujours d'escompter, a la faveur aussi d'une lente et savante désorganisation de l'esprit public, les libertés périrent; la république ne fut plus qu'un vain mot: le césarisme surgit sous la forme du stathoudérat. Malgré la différence des temps et des situations, que l'Amérique du vingtième siècle prenne garde aux Guillaume d'Orange! * * * Les défaites coloniales Yaudront a l'Espagne la chute de sa dynastie. La régente autrichienne Marie-Christine, le faible enfant, vicié de tares héréditaires, qu'on appelle Alphonse XIII, ne résisteront pas aux événements qui se précipitent et qui porteront au régime monarchique, féodal et clérical, l'atteinte mortelle. Ce peuple fier, en qui sommeillent tant d'énergies, qui depuis tant de siècles n'a été grand que dans l'invasion, dans la défaite, dans la mort, secouera le joug écrasant qui l'oppresse. C'est dans les grandes crises nationales que se réveillent les vigueurs assoupies, qu'un pays prend conscience de ses causes de décadence. L'heure des responsabilités sera terrible, lorsque l'Espagne, mesurant d'un coup d'œil le passé morne de ce siccle, frappera les auteurs de sa ruine. Ce seront les grands archevêques, les héritiers des inquisiteurs du seizième siècle, qui paieront les premiers, puis les congrégations gorgées depuis quatre cents ans de l'or des travailleurs et des paysans, puis la camarilla de cour, entêtée dans ses résistances, fermée à l'esprit moderne, enrichie par la corruption, par les dilapidations des Philippines et des Antilles, puis la dynastie de Bourbon, emportée par ce cyclone qui balaiera tout et qui fera sur le sol de la Péninsule table rase du présent. La-vieille icône de l'Espagne moyenâgeuse, chère aux artistes et aux historiens, disparaîtra comme un fétu de paille. Cette heure est-elle proche? Elle sonn.era certes avant longtemps. Mais qui pourrait en préciser l'échéa.nce? Qui pourrait dire les vicissitudes, nombreuses ou non, dont l'évolution politique et sociale de nos voisins sera faite demain ? Sont-ce les césariens, les fauteurs de .._ -
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