LA REVUE SOCIALISTE introduire dans l'Union un élément hétérogène, difficilement ass1m1lable. Que M. Mac-Kinley entende monopoliser le marché de la Havane, nous ne le contestons pas : mai_s que de gaieté de cœur, il se crée des difficnltés pour l'avenir, en admettant dans la Confédération un million ou un million et demi de nègres, de -créoles ou d'fapagnols, qu'il fournisse un appoint aussi sensible au Sud, toujours désireux de ressaisir la prépondérance, nous en doutons fort. Une telle erreur s'harmoniserait bien mal avec la prudence méticuleuse de la politique de Washington. Et au pis-aller, Cuba fût-elle incorporée a l'Union, sa condition serait encore cent fois meilleure qu'aujourd'hui. Non seulement elle jouirait de l'autonomie, de l'indépendance pleine et entière qui a permis aux états d'Outre-Atlantique d'atteindre un si prodigieux développement, mais aussi par le simple contact, par la communauté même des intérêts, elle serait plus ou moins rapidement arrachée à la torpeur où elle végète depuis tant de siècles,et rele\'ée a un statut économique et moral supérieur. * * * L'issue de la guerre peut être grave, en dépit des victoires remportées, pour les libertés américaines. Ce n'est pas impunément qu'un peuple jusqu'ici pacifique se jette dans un grand conflit armé et met sur pied des forces considérables. Ce serait une étrange fortune que de renouveler l'expérience de la guerre de Sécession et de sortir de la lutte présente avec tln simple accroissement des pensions militaires et de la dette publique. Le militarisme, où par une bizarre ironie des choses la civilisation mercantile de notre époque rejoint la civilisation féodale, risque de s'abattre sur le nouveau monde. Il est douteux qu'au lendemain de cette grande querelle avec l'Espagne, soutenue par les sympathies des puissances, l'Union licencie toutes ses troupes. Elle aura trouvé dan- , gereux de n'avoir que 2 5,ooo hommes à soi, quand, à la moindre alerte, il faut dégarnir la frontière des territoires indiens et risquer un soulèvement de Peaux-Rouges; elle regrettera d'avoir été si lente à dresser ses corps d'armée, et si hésitante à frapper le grand coup qui eût, en un instant, terminé les opérations; elle pensera qu'un jour, au lieu d'avoir en face d'elle l'Espagne garrottée par ses insurrections coloniales, elle se heurtera peut-être a un grand État militaire, de mobilisation rapide, et qu'alors toute perte d'heures équivaudra à une rui- . neuse défaite. Il serait bien surprenant que le conflit actuel ne laissât pas derrière lui, au delà de l'Atlantique, une organisation militaire nouvelle, calquée sur les nôtres, pesante et coûteuse comme elles.
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