La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE 615 C'est une école bien dure que les puissances auront faite. Les classes dirigeantes comprendront-elles que le grand problérne de la guerre future, de cette guerre qu'elles rêYent parfois, est celui de l'alimentation, et que ce problémc est aujourd'hui insoluble? Comprendront-elles que la solidarité du monde civilisé, ou soi-disant tel, n'est pas un Yainmot, une formule creuse, mais qu'elle est désormais un fait et qu'elle revendique énergiquement sa place dans les considérations politiques de l'a,·cnir? Nous n'oi.ons pas l'espérer: cc serait la fin des luttes internationales, et sans doute la brutalité humaine ne s'épuisera que dans le nivellement des droits économiques. * * * Cuba sera libre. Sans émettre des prcY1s1onsqui pourraient être partiellement dcjouecs, il est permis de dire que l'Union vaincr:1. Làdessus, pensons nous, les tenants les plus enthousiastes de la monarchie espagnole ne nous adresseraient pas un démenti. Or, le triomphe de l'Amérique, ce sera, à coup sùr, l'affranchissement tant attendu de la perle des Antilles. On attribue, à la vérité, de telles visées égoïstes au cabinet de \Vashington qu'on lui impute l'intention d'annexer purement et simplement Cuba. l\lais rien n'atteste, bien au contraire, que ces accusations soient fondées, et rien, jusqu'ici, dans la politique du président Mac· Kinlcy n'a donné même un semblant <l'argument aux nouvellistes mal disposés. Lorsque le congrès de Washington, à la veille de la rupture, vota une résolution conjointe pour proYoquer l'intervention a la Havane, il prit bien soin de déclarer, en l'article premier: « Cuba est libre de droit et de fait. » Sans doute de grands États ont déjà violé des paroles données, conservé, contre toute justice, dei pays momentané• ment occupés, - nous n'aurions qu'à regarder autour de nous, sur notre Continent, pour trouver les plus illustres exemples de cc scandale. Mais jamais, dans les cas que nous pourrions· em·isager, une représentation nationale ne s'était liée par une proclamation aussi solennelle. L'on reconnaitra bien quelque différence entre une affirmation de principes émise librement, sans pression extérieure, par deux Chambres réunies, et l'engagement vague pris par un diplomate, toujours sujet à désaveu, dans une conversation pénible avec d'autres diplomates. Nous ne concevons pas au surplus quel intérêt pressant pourrait inciter les Américains a annexer Cuba et a inscrire une nouvelle étoile sur leur drapeau. On ne remarque pas assez que cette île viendrait

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