La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE nouveau prestige moral injustement acquis, en déclarant une intervention qui ne fut pas cffcctiYe,-ou il a tenu une politique agissante; il a parlé aux chancelleries, il a proposé une solution, offert un arbitrage. Si c'est d'Espagne qu'est venu le refus, l'autorité religieuse du Pape est atteinte; si c'est d'Amérique, le role politique du Pontife,-affranchi de toute dépendance terrestre, grandi par la.pure spiritualité de sa domination, - a subi un ébranlement sans précédents depuis vingt-huit ans. De toute façon le \'ieillard Blanc n'a pas touché son but : duplicité ou échec, il s'est diminué. * * * En cette fin d'a\•ril, où nous écrivons ces courtes notes, aucun acte décisif n'a été encore accompli par les belligérants, et pourtant la guerre a produit un résultat d'une incomparable portce : elle a mis en pleine lumiérc la solidarité économique des peuples, jeunes ou \'ieux, cette communauté étroite d'intérêts que le développement industriel et commercial ne cesse de resserrer de jour en jour. On aYait déja vu, dans d'autres conflits, civils ou extérieurs, souffrir des p.iys étrangers a la lutte. En suspendant les exportations de coton, la guerre de Sécession a,·ait jadis porté une atteinte sensible i la prospérité britannique; mais jamais, i une autre date, la seule rupture diplomatique de deux États n'avait entrainé pareille répercussion de par le monde. En quelques jours, l'ouverture des hostilités a dcchaîné sur l'Europe une véritable crise dont les effets se prolongeront. La quasi-fermeture du marché de l'Union, - un marche de dix milliards - a frappé le Yieux Continent, soit dans son activité productrice, soit dans la satisfaction de ses besoins les plus immcdiats. Non seulement les peuples qui écoulaient des marchandises en Amérique, et la France en bon rang, vont perdre pour un temps mal défini la plus grande part de leur clientcle, mais encore le renchérissement du blé leur impose de cruelles épreuves. Ce n'est pas un fait indifférent qu'en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Belgique, partout a la fois, le prix du quintal s'élève à un taux qui n'avait pas été touché depuis de longues annccs. Et ainsi, tandis que les chômages se multiplieront, une vcritable famine s'abattra sur nous. Nous ne son~mes qu'au début de la crise. Qu'adYicndra-t-il au bout de quelques mois, si la guerre se perpetuc, si la recolte est mauvaise entre nos frontières, si les ports de l'Union sont étroitement bloqués, si les Yankees, par crainte de l'avenir, veulent g~cr leur blé? Quel aliment nouveau aux colères sociales, dans notre Europe, que cette rupture hispano-américaine, envisagée d'abord avec tant de sérénité béate par la diplomatie?

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