La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A 'PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE 619 Elles ont répugné à cette procédure. La défaite inhitable de la Péninsule, la proclamation de la liberté de la Grande-Antille au milieu du sifflement de la fusillade, porteront le coup mortel à la dynastie de Madrid. Les six cabinets craignaient, en donnant une satisfaction à l'opinioo américaine, de dechainer pour l'avenir les prétentions des « Jingoes ~· <l'outre-Atlantique. Ils voyaient déjà le rapace Jonathan étendre ses mains sur la Jamaïque, sur la Martinique, la Guadeloupe, Curaçao, etc. Des journaux bien pensants ont même inséré des nouvelles alarmistes ou le débarquement des troupes fédérales en ces diverses possessions ctait libéralement prévu. La république des États-Unis eût été désarmée, peut-être un peu déçue, si l'indépendance cubaine avait été imposee par les Européens. Comme l'affranchissement de la perle des Antilles sera désormais son œuvre, elle s'enorgueillira, ses visées croîtront d'autant. La politique de ]'Autruche, qui est aussi celle de Gribouille, pourrait coûter cher à l'Europe. De même que l'abandon de b. Crete et de la Grèce a exalté la fierté islamique, l'abandon de Cuba créera un dissentiment grave, de souvenir persistant, entre le vieux monde et le nouveau, et il se trouvera, par une étrange maladresse et pour le châtimen't des erreurs de nos classes dirigeantes, que la victoire de l'Union sur l'Espagne sera aussi une victoire sur notre Continent- * * * Le Vieillard Blanc du Vatican a, dit-on, essayé de prendre la place de l'Europe imeuissante. A l'heure ou les representants des sir grands États assistaient sans fremir à l'explosion d'un conflit qu'on eût pu arrêter à toutes les étapes de sa préparation et qui restera une flétrissure ineffaçable pour cette fin du dix-neuvième siècle, le pape Léon XIII se décidait à «intervenir». Que cherchait-il? Voulait-il arracher à la régente très catholique d'Espagne la reconnaissance de la liberté cubaine? Voulait-il obtenir des États-Unis qu'ils se contentassent d'une cote mal taillée, c'est-à-dire, en somme, d'une prolongation indéfinie du flatu quo ? Il est regrettable que le Vatican se renferme dans un silence diplomatique doublé de mutisme clérical, et que ses démarches ne soient point consignées, même dans les feuillets mensongers d'un Livre Blanc, Jaune ou Vert. A moins que des indiscrétions improbables ne viennent nous livrer les secrets du cardinal Rampolla, nous ne connaîtrons jamais l'attitude e~acte du Saint-Siège entre les belligérants en expectative. Et alors il ne nous restera que deux interprétations de la pol.itique vaticane. Ou Léon XIII a entendu duper les peuples, se parer d'un

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