La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

JI 2 LA REVUE SOCIALISTE ~es liens de la race et de la langue à ses éternels oppresseurs, et, par suite, la conduite des Macéo et des Gomez serait inqualifiable. Elle ne constituerait pas moins qu'un crime de lése-patrie. Nous regrettons de constater que parmi ces chauds défenseurs des CanoYas et des \Vey Ier pas mal de Français se sont fourvoycs, oubliant que la thèse développée ù grands renforts de raisonnements scientifiques par les docteurs d'Outn:--Rhin en 1870-1871, n'était pas différente. Si la nationalité résulte des affinités ethniques ou de l'identité des langues, comment affirmerez-vous que l'Allemagne a perpétré un forfait en annexant l'Alsace? Comment maintiendrez-vous dans l'avenir cette haute et invincible protestation qui reste l"honneur de la France, parce qu'elle est la proclamation permanente du droit contre la force? Prenez garde. En dcsertant la cause cubaine, aprcs la cause crétoise, \"Olls abandonnez le terrain solide, la doctrine révolutionnaire de la nationalité fondée sur le consentement populaire. L'insurrection de la c:;randc-Antillc, que vous condamnez au nom d'un des dogmes politiques du libéralisme européen, depuis un siccle, se justifie au contraire par lui. Quant au principe de la non intervention, c'est une de ces formules Yagucs et banales que la diplomatie conserve toujours dans son sac et qui permettent de suppléer à la pénurie <les bonnes raisons. Comme Mazzini l'a si bien dit, dans une circonstance solennelle, il est des cas où l'abstention est un attentat à l'humanité. Et puis, parmi ceux-là mêmesqui prononcent aujourd'hui cette expression démodée, contemporaine des Talleyrand et des Guizot, combien ne renieraient pas les infractions multiples commises par leurs pays respectifs! L'Angleterre n'est-elle pas intervenue en Grccc au temps de Navarin? La France n'a-t-elle pas prodigué les interventions, soit pour courir au secours des faibles écrasés, soit aux cpoques dQulourcuses de son histoire, pour subjuguer des révolutions libérales, - expédition d'Espagne, expédition de Rome? L'Autriche n'a-t-elle pas dérogé à la fameuse doctrine en rétablissa_nt par la force, sous le long ministcre .Mctternich, les petites dynasties italiennes chassées du trône? Il n'est point de. règle qui comporte plus d'exceptions. L'argument allégué contre la politique américaine est misérable. Il n'en reste pas moins vrai que l'Europe vient de jouer une fois Je plus un rôle fàchcux, qu'elle a abdiqué tout prestige et, qu'au total, elle aura été a l'encontre de ses fins. Nous pouvons poser en fait que son action ne s'est pas exercée à la ,·eille de la crise, car la dcmarche mollement tentée par les ambassadeurs auprès de M. MacKinley a été de pure forme. Les gra_ndes puissances prétendaient sauver la monarchie espagnole; il n'était pour elles qu'une méthode : persuader a la reine régente de reconnaître l'indépendance cubaine.

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