606 LA REVUE SOCIALISTE au terrible vomito. La jeunesse andalouse et castillane a péri pour un vain point d'honneur> fauchée par la stupidité des classes dirigeantes de la Péninsule. Avec vingt ou vingt-cinq mille hommes au maximum> les Maceo et les Gornez ont pu soutenir l'embryon de république qu'ils avaient fondée. A certains jours> ils ont poussé des raids audacieux jusqu'aux approches des villes, jusqu'aux portes de la HaYane. A la veille de la déclaration de guerre lancée par Mac-Kinley, l'insurrection était triomphante, et le rembarquement des restes du corps expéditionnaire de Blanco n'était plus qu'affaire de temps. Quel démocrate sincere s'abstiendrait de faire des vœux pour Cuba? N'a-t-elle pas mérité par sa persév .rance, par sa continuelle rébellion, par la conscience même de ses droits imprescriptibles, - l'indépendance? Comme la Crète trahie par l'Europe, comme l'Irlande à l'éternelle protestation, la Grande-Antillc affirme son individualité, se réclame d'une nationalité, d'un plébiscite ininterrompu des générations. Elle doit être, elle sera libre. * * * L'Espagne a marqué, dans cette crise suprême, toute l'obstination rétrograde qui la stcrilisc et la dévore depuis Philippe II. Elle en est restée, au dehors comme au dedans, à la politique du duc d'Albe. A peine les grands courants qui ont secoué le Continent sur sa base en 1789, en 1830, en 1848, l'ont-ils effleurée. Aucun pays n'a subi autant de bouleversements passagers, autant de brusques révolutions, autant de guerres civiles prolongces et renaissantes, et pourtant. aucune nation n'a moins ccdé au souffle moderne ni moins retranché de son passé. L'Espagne officielle de nos jours pense comme l'Espagne officielle de Philippe V ou de Charles III. Il y a bien des Cortès à Madrid comme il y a un Parlement à Londres ou un Reichstag à Berlin; mais ces Cortès n'ont ni plus d'autorité, ni plus d'indépendance qu'au quinzième siéclc; peut-être même en ont-elles un peu moins. Et comment ce Congrès exercerait-il un droit? Il n'est pas l'élu du peuple, mais des ministres. Les préfets espagnoJ-s rivalisent avec les préfets serbes pour la brutalité dans la pression électorale. On sait avec quelle facilité, à chaque consultation générale, les cabinets de la Péninsule se dotent d'une majorité écrasante. L'Espagne n'a qu'une parodie de régime constitutionnel, qu'une caricature de contrôle parlementaire. Elle meurt d'un absolutisme presque sans contrepoids. Le pouvoir n'est même pas aux mains de la régente,-une princesse de sang autrichien dont on n'oubliera jamais l'origine étrangère; il appartient à une camarilla d'aristocrates soutenue par l'énorme influence du clergé, et de temps à autre menacée par des intrusions
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