La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÊRICAINE 607 militaristes. Il faudra une révolution profonde pour chasser ce parasitisme nobiliaire et religieux qui a sucé toute la she espagnole. Le cabinet Canovas, que les généraux et les congrégations ont installé peu de temps après l'explosion du soulcvement cubain, a porté a son comble l'effrayante tyrannie. Au dedans, a commencé une impitoyable persécution de la pensée libre, de toute propagande républicaine. Les atrocités de Montjuich, les supplices plus qu'asiatiques infligés aux malheureux prisonniers, pour des délits de tendance, ont dressé l'humanité digne de cc nom contre les bourreaux de Madrid. Au dehors, le gcnéral \Veyler inaugurait, a Cuba, une série de forfaits sans prccédents. Son prédécesseur, Martinez Campos, avait usé de temporisation, essayé de traiter avec les insurgés, dont il admettait certaines prétentions. L'ami de Canovas a généralisé la fusillade, brùle les plantations et, en concentrant les populations rurales dans les villes, assassine plus de 400,000 Cubains. A lui seul il a donné au soulcvement autant d\~lan que soixante années de compression. Son nom est devenu, dans la pensée des démocraties, l'égal des noms les plus odieux. Comme son emulc Polavieja, le massacreur des Philippines, il est la personnification de cette Espagne contemporaine, restée avide de sang, réfractaire a toute clémence, et qui pousse aujourd'hui le mepris de la vie jusqu'a s'enterrer sous ses propres ruines. Canovas s'était entêté dans sa resistance aux revendications cubaines. Lorsqu'il ·mourut, l'cté dernier, frappe par un anarchiste,/ il laissait son pays dans une des plus formidables crises qu'il eôt traversées. Non seulement 250,000 hommes étaient immobilisés autour de la Havane et de Manille, mais a l'intérieur la dynast~ était menacce par les républicains erpar le carlisme. De plus, M. Mac-Kinley venait de prendre la présidence a Washington, et l'on savait que le parti républicain de l'Union voulait mettre fin a l'éternelle guerre des Antillrs. 1 Sagasta, qui succéda à Canovas à l'automne 1897, aprés l'intérim obscur du gênerai Azcarraga, était animé d'int~ntions conciliantes. C'était un programme de détente qu'il apportait au pouvoir: le ràppel de \Veyler, l'octroi cl 'une autonomie partielle à Cuba, un peu moins d'oppression au dedans. Le parti libéral était d'ailleurs tenu à quelques concessions par les déclarations de ses chefs, surtout par un discours presque généreux de M. Moret a Saragosse. S'il a échoué, c'est qu'il n'a pas osé ébranler le formidable édifice social qui pése sur la Péninsule et dont la monarchie reste l'une des bases; c'est qu'à la charte cubaine la sincérité manquait, c'est que l'oligarchie anonyme du clergé et de l'armée a opposé une invincible barriére. Le retour de Weyler a été marqué par de telles manifestations des carlistes, des officiers et de certains républicains qu'on a pu· craindre un pronunciamiento immédiat. Et la est encore le danger a cette heure pour l'Espagne. En dehors des

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