A" PROPOS DE LA GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE 605 et celle de l'expansion commerciale. A ce titre, ils s'imposent doublement à l'attention de la démocratie socialiste. L'insurrection cubaine a été la résultante de la politique coloniale de l'Espagne depuis quatre siècles. Elle s'explique par les mêmes raisons que les soulèvements de l'Amérique Centrale et Méridionale au temps du premier Empire et de la Restauration. Il est même surprenant que la Péninsule soit parvenue à maintenir jusqu'ici sa domination '- sur la perle des Antilles et sur sa Yoisine Porto-Rico. L'asservissement de ces îles à notre époque est le plus criant des anachronismes. Nous ne voulons pas reµrendre µar le menu l'histoire des vexations sauvages, des inqualifiables abus que l'orgueil et l'égoïsme de Castille ont perpétués à la Ha\'ane. Un budget écrasant de I 30 :\. 2 35 millions de francs, soit une contribution annuelle de· 80 à 147 francs par tête; une dette de plus d'un milliard en I894; l'accaparement de toutes les fonctions publiques par les Espagnols d'Espagne; l'exclusion des créoles; la mise en coupe réglée de la fortune insulaire, des re,·enus agricoles, par une oligarchie transplantée d'Europe; l'omnipotence cléricale; l'aggravation incessante d'un régime douanier digne d'un autre âge; l'annulation quasi-volontaire de richesses naturelles presque sans égales dans l'univers; la corruption administrative :\. tous les degrés ; la vénalité non seulement encouragée par les gouverneurs, mais encore stimulée de la métropole; une police soupçonneuse et sans scrupules; la suppression de toutes garanties pour toutes les libertés: tel est le système que la monarchie d'Espagne sous la régente Marie-Christine, a laissé subsister:\. Cuba. Jadis l'Equateur, le Pérou, le Mexique n'étaient pas autrement régis par les descendants de Charles-Quint. Après une lutte acharnée, ils s'affranchirent. Macéo, Gomez, Garcia ont été les émules des Bolivar, des Saint-Martin et des Hidalgo. L'Europe, soi-disant libérale, enseigne à sa jeunesse le respect, l'admiration de ceux-ci; pourquoi nourrit-elle tant d'animosités contre ceux-là? L'insurrection actuelle dure depuis plus de trois ans. C'est le 24 février 1895 qu'elle éclata au milieu de l'inattention générale. L'Espagne s'efforça de dissimuler les faits, de taire la révolte. Il fallut qu'elle envoyât à la Havane son premier homme de guerre, Martinez Campos, pour qu'on soupçonnât - ailleurs que dans les cercles offi- , cieb- de Madrid - l'étendue du mouvement. Depuis, le détail des opérations a échappé. On sait seulement que Campos fut remplacé par Weyler, que Weyler céda son commandement à Blanco; ces substitutions en disent déjà long sur l'intensité de la lutte, sur les avantages des chefs rebelles et l'impuissance des généraux de répression. L'Espagne a expédié plus de deux cent mille hommes dans l'île infortunée; ses troupes ont fondu au soleil des tropiques, aux miasmes des marais,
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