BAKOUNINE EN ITALIE EN 1864 595 / BAKOUNINE EN ITALIE (Suite) C'était la dernicre so1ree du carnaval qui, à Florence, présente moins de richesse et d'cclat que dans la bruyante ville de Naples, dans les rues élégantes de Venise ou dans Rome, qui le célébre comme une pompeuse solennité. Nous habitions alors le rez-de-chaussée d'une petite maison proprette, dans le quartier de Barbano. Il est une heure du matin. Je suis couché. Mais voilà que j'entends frapper frénétiquement des coups à ma fenêtre et, d'une voix formidable, entrecoupée par des essoufflements, crier en russe : « Ouvrez! ¼> Ayant reconnu dans cette voix celle de Bakounine, ma femme, qui n'était pas encore déshabillée, se précipita à la· porte. Sur· le seuil apparaît confus~ment la figure d'Antosia, enveloppée dans le pardessus de son mari, qui laissait entrevoir sa chemise de nuit et son jupon blanc. La moitié de sa tête blonde était garnie de frisons et de papillottes. Derriére se dressait la silhouette de Bakounine, en grande tenue, coiffé d'un chapeau haut de forme et en frac .... - Un malheur nous est arrivJ, secourez-nous, dirent-ils à la fois. La premiére pensée qui se présenta à mon esprit fut celle d'une intrusion nocturne de la police ... mais la chose s'expliqua d'une façon plus simple. Michel Alexandrovitch, qui ne connaissait gltère de repos, avait, selon l'habitude, passé sa soirée dans quelque cercle politique. Rentrée la premiére, Antosia se mit à faire sa toilette de nuit. Se voyant à cette heure avancée toute seule dans son appartement, elle s'ennuya d'abord, puis fut prise d'un véritable accés de peur, si bien que, lorsqu'elle entendit résonner sur le pavé les pas lourds de· son époux, heureuse de son arrivée, elle s'élança à sa rencontre, en oubliant d'emporter avec elle la clef de· l'appartement, qui se refermà sur elle. ,, ' Force leur fut de traverser la ville d'un bout à l'autre, au milieu /
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