La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

• L'INSPECTION DU TRAVAIL EN BELGIQUE EN 1896 593 paient assez réguliérement et en monnaie légale. Il n'en est pas de même dans la petite industrie et surtout pour le travail à domicile. LI est très difficile de relever - et sous cc rapport le travail des inspecteurs est absolument incomplet - le nombre et la nature des abus qui se produisent; ceux-ci sont très divers. Ils se pratiquent principalement avec les personnes n'ayant aucune connaissance de la loi et même si elles la connaissent, elles ne dénoncent pas les abus de peur de perdre le peu de travail qu'elles ont encore.· Une des infractions principales pratiquée sur une trés large échelle est le truck-system, qui consiste à payer les ouvriers, partie en monnaie, partie en marchandises. Dans les ateliers de couture et de confection de vêtements a Liège, on payait les ouvrières en toile et en drap : la toile était cotée a I fr. 20 l'aune, alors qu'elle se vendait couramment I fr. ro le mctre en ville. Les ouvriéres étaient obligées pour avoir de l'argent d'en confectionner des habits ou de revendre la toile, et cela certainement à perte, puisque l'acheteur avait avantage à se la procurer en ville. Dans l'un et l'autre cas, les ouvrières étaient victimes d'un vol manifeste. Chez les tresseurs et les tresseuses de paille de la vallée du Geer, le paiement des salaires s'effectue moitié en argent, moitié en marchandises, tels que beurre, lard, café, épiceries, etc., toujours à un prix trés avantageux pour le vendeur. Les employeurs pratiquent les retenues de salaires, pour la location des maisons, surtout' dans les briq uetcries et dans les industries nomades. Dans d'autres catégories, les travailleurs sont obligés de livrer leurs instruments de travail et de payer l'entretien de. ceux-ci. Chez certains menuisiers de Bruxelles, par exemple, les ouvriers subissent une retenue de salaire pour la fourniture du gaz, du pcti:ole et du chauffage. Ce sont des pratiques que la loi devrait défendre et punir sévérement, et non tolérer, comme elle le fait actuellement. Le paiement des salaires s'effectue également dans des cabarets, malgré la défense formelle de la loi, surtout dans la petite industrie. Il en est ainsi pour les manœuvres du port d'Anvers, pour les pêcheurs, les briquetiers, les entrepreneurs de construction, etc., etc. Il est tré3 difficile de faire cesser ces abus et malgré les trente procès-verbaux et les vingt-sept condamnations prononcées de ce chef, le paiement se fait comme par le passé. La loi est impuissante à déraciner ces pratiques regrettables . Le paiement des salaires a lieu ordinairement tous les quinze jours et le samedi. Dans quelques grands établissements il se fait au milieu de la semaine, pour éviter que l'argent soit dép1:;nséen alcool ou en autres boissons. Dans les briqueteries, et il sembte que c'est là que tous les abus se trouvent réunis, les patrons ne paient que la- moitié du salaire convenu pour chaque mille briques livrées. L'autre moitié

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==