L'IN~PECTION DU TRAVAIL EN BELGIQUE EN 1896 591 substances d'un prix un peu plus élevé, mais qui ne menaceraient pas la santé, la Yie et la race même des travailleurs. Car la maladie contractée dans le travail est souvent transmise par hérédité aux enfants, cc qui entraîne une mortalité infantile effrayante. L'inspection a porté ses obsc1·vations sur un certaih nombre de ces industries, qui méritent une attention toute spéciale et parmi lesquelles nous rencontrons les tanneries, les teintureries de peaux, les coupcrics de poils, l'étamage des glaces, la vulcanisation du caoutchouc par le sulfure de carbone, les meuneries, les brasseries, le commerce des chiffons et les filatures au continu mouillé. Dans chacune de ces industries, les ouvriers sont sujets a être contaminés par les maladies professionnelles qui, si elles n'entraînent pas toujours la mort, raccourcissent souvent leur vie, ou encore les rendent inaptes au travail à la fleur de l'âge. Dans les couperics de poils, cc sont les poussicrcs des poils coupés qui occasionnent les maladies des voies respiratoires, ou encore le nitrate acide de mercure, qui ronge les ongles des ouvriers, et trés peu nombreux sont ceux qui échappent totalement a l'empoisonnement du mercure. Dans la Yulcanisation du caoutchouc par le sulfure de carbone - industrie qui commence heureusement a transformer ses procédés de production - les ouvriers, et surtout les om·riéres, sont plus exposés que dans n'importe quelle autre profession, car la manipulation du sulfure de carbone est bien plus dangereuse que celle du mercure, du plomb, du phosphore, ou même de l'arsenic; clic dégage des vapeurs dont s'irnprégne tout leur organisme. Aussi d'aucuns meurent-ils du ramollissement du cerveau, de marasme, d'hémémoragics cérébrales, de néphrite albumineuse, etc., etc., tous troubles internes dont la guérison est difficile et jamais complète. A tous ces maux, il convient d'ajouter, et pour une part notable, les effets produits par l'alcoolisme, car les ouvriers pour faire passer, comme ils disent, le goC1tdes matières accumulées dans leurs organes, boivent la plupart du temps de l'alcool. Est-ce la faute de ces malheureux, qui vivent dans un état perpétuel de misérc et d'ignorance, s'ils pensent par l'absorption des boissons alcooliques empêcher les maladies de se produire? Voici d'ailleurs, comment l'inspecteur M. le docteur Glibert, dans son rapport pour 1895, apprécie la situation : « J'ai visité nombre de familles ouvrières; j'ai cherché, autant qu'il m'a été possible, de pénétrer leurs habitudes, a connaître en détail leur manière de vivre; j'ai interrogé les proches, les voisins; je suis entré a l'improviste et aux heures les plus variées dans ces intérieurs miséreux et j'ai retenu de mon enquête l'impression suivante : les ouvrieres du caoutchouc soufflé se recrutent, en e·ffet, dans la classe la plus malheureuse et la plus pauvre de la société; il est incontestable que l'alimen-
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