La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PROBLtME DU PROGRËS ,< contre tous», dit-il, et ils en recueillent les fruits. Leurs nids étonnants et leurs constructions, bien supérieures en dimensions relati vcs a. celles de l'homme; leurs salles spacieuses et leurs greniers d'abondance, leurs champs, leurs cultures, récoltes et « fermentation des « graines»; leurs méthodes rationnelles pour soigner leurs œufs et leurs larves; enfin l'éléve des aphides que Linné avait dejà décrires comme les vaches des fourmis, tous ces faits frappants sont dus directement à la pratique de l'aide mutuelle que nous constatons à chaque pas de leur existence laborieuse. Cette manière de vivre a aussi pour résultat un autre trait essentiel dans la vie des fourmis : notamment l'immense développement de l'initiative individuelle qui, à son tour, a évidemment favorisé le développement de leur intelligence si vartée qui ne manque pas de frapper l'observateur humain. La fourmi prospère sans avoir aucune des adaptations de protection, indispensables au1C animaux vivant isolés. Sa couleur ne la rend que trop visible à ses ennemis, et ses grands nids s'aperçoivent facilement Jans les prairies et les forêts. Elle n'a pas de carapace dure pour la protéger; et son dard si terrible qu'il soit lorsque les piqùres comptent par milliers, n'a que peu de valeur pour sa défense individuelle; tandis que ses œufs et ses larves sont un mets recherché par les habitants des forêts. Et cependant, dans leurs régions, les fourmis ne sont que relativement peu exterminées par les oiseaux et même par les fourmiliers; tandis qu'elle sont la terreur de beaucoup d'insectes beaucoup plus grands de taille et plus forts. Leur force est dans l'aide mutuelle et la confiance mutuelle. Et si la fourmi ne cède en intelligence qu'aux termites la place supérieure dans la classe des insectes; si son courage n'est égalé que par quelques rares vertébrés; et si son cerveau, ainsi que l'a dit Darwin,« est un des atomes les plus merveilleux de l'Univers, peut-être « même plus que celui de l'Homme», la fourmi ne le doit-elle pas à ce que l'aide mutuelle a entièrement remplacé la lutte dans ses sociétés? « On arrive aùx mêmes conclusions en étudiant les abeilles. Ces petits insectes qui pourraient devenir si facilement la proie des oiseaux et dont le miel a tant d'admirateurs dans toutes les classes d'animaux, n'ont pas non plus de ces caractères protecteurs, sans lesquels un insecte qui vit isolément saurait à peine échapper à la destruction en masse. Et cependant, grâce à l'appui mutuel, elles arrivent à l'extension géographique si large que l'on connaît et à l'intelligence que l'Homme ne peut qu'admirer. Par le travail en commun, elles multiplient leurs forces. En ayant recours à la division temporaire du travail, combinée à la capacité de chaque abeille de faire les travaux les plus variés. en cas de besoin, elles atteignent une sécurité et un bien-être absolument inconnus à des animaux infiniment supérieurs en force physique, mais vivant isolés.

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