La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE l'appui mutuel. La destruction de ses sociétés est également l'œuvre de l'Homme. La bL:lette commune, trés sociable encore au dix-huitiémc siècle, ne l'est plus guère aujourd'hui pour le même motif. L'ours n'a pas toujours vécu isolé, solitaire. Il formait c11Europe, à l'époque des canrnes, de puissantes associations. Le manque de nourrit un:, la tkstruction de son habitat lui ont fait perdre ses anciennes mœurs. Il Yit toujours en société sur les quelques points du globe où l'llommc ne lui a pas encore fait une guerre acharnee. Au dire de P. Kropotkine, « l'ours noir du Kamtchatka a ete YU en bandes nombreuses et l'on rencontre parfois les ours du pole en petits groupes». L'orang-outang et le gorille YiYaicnt jadis en société. Proches parents de l'Homme, ils ont beaucoup souffert de sa victoire sur le reste de l'animalité. Leurs associations se sont dissoutes. Leurs mœurs se sont modifiées. Les causes qui amcnent de nos jours la disparition des race~ humaines de l'Afrique, de l'Océanie et de l'Amcrique ont produit sur eux les mêmes effets. Encore quelques siècles, et ces intén.:ssants primates auront abandonné la scénc du monde. Que dire de ces castors si intelligents et si industrieux auxquels le despotique « roi de la création » fait une guerre acharnée?« Il n'y a pas si longtemps encore que les fleuves du nord de l'Amerique et de la Siberie ltaicnt peuples de colonies de castors, dit Kropotkine, dans son étude : La Lulle pour ln f'ie el l'Appui mutuel (1892), et jusqu'au dix-scptiéme sicclc de semblables colonies abondaient dans le nord de la Russie. » Les sociétés de castors ne cessent de diminuer en nombre et en importance : « Depuis que l'avidité des chasseurs de fourrures a presque entièrement anéanti la race des castors, dit L. Dramard dans Tra11sforn1is11e1te Socialisme (1882), les survivants, réduits à l'isolement, ont perdu leur habileté à construire et se logent dans les premiéres cavites venues. C'est qu'en effet, pour les animaux comme pour les hommes, l'association et la sécurité sont les conditions indispensables du progrcs, et l'indiYidualisme est tellement incompatible avec k perfectionnement, que h:s animaux dispersés par la pcrsecution, dégénèrent et Yoient s'atrophier leurs facultés physiques et intellectuelles. » L'association règne au sein de presque toutes les espèces animales. Que l'une d'elles cesse de la pratiquer, et elle périra fatalement. « Le milieu social est la condition nécessaire de la conservation et du rL:nom·cllement de la vie )), a dit A. Espinas. Panout, chez les insectes comme chez les poissons, chez les oiseaux comme chez les mammifcres, l'association est la règle, l'isolement, l'exception. /

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