La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PROBLÈ~IE DU PROGRÈS Dans les régions polaires toutes les plantes se pressent les unes coutre les autres, afin de résister à l'action du froid. « Kant avait déjà observé que les arbres des forêts n'ont pas les formes rabougries, contournées, des arbres qui croissant en plein champ, sont battus par les vents, rappelle Lafargue; ils se protègent mutuellement et s'élancent en troncs droits, à la recherche de l'air etde la lumiérc. » Le botaniste 1 agëli attire l'attention sur ce que les plantes vi\'ant en touffes sont plus susceptibles que les autres d'offrir des variations. « Certaines plantes des Alpes, dit-il, se sont modifiées les unes les autres, et présentent, si je puis m'exprimer ainsi, des types sociaux particuliers, qui différent dans chaque groupe et par conséquent dans chaque voisinage. Ce fait prou\'e incontestablement que leurs formes se sont altérées depuis qu'elles se sont associces. » Parfois, cc n'est plus des végétaux ayant les mêmes besoins et la même puissance qui s'unissent pour résister, soit à l'action meurtrière du climat, soit a la dent des herbi\'ores ou au bec des granivores ; cc sont des plantes d'organisation et de taille fort diffcrcntcs. Elles ne sont pas de la même cspéce. Elles ne savent que mieux s'unir pour se prêter un mutuel appui. Les géants des forêts, par exemple, ne recherchent-ils pas la société des mousses, des violettes, etc.? Et les mousses? et les violettes? ... pourraient-elles croître sur un sol nu? << La violette ne peut vivre qu'à l'abri d'autres plantes, soit qu'elle y trouve l'humidité constante dont elle a besoin, soit qu'elle y soit protégée contre les rayons du soleil, dit de Lanessan. Qu'une graine <leviolette aille germer loin <lecet abri, dans un lieu découvert, la plante qui en naîtra sera tuée par la secheresse ou par les rayons du soleil. La violette a donc besoin de la société de plantes plus hautes qu'elle-même; elle se place pour ainsi dire sous leur protection et trouve dans cette société l'aide qui lui est nécessaire. Je dois ajouter que les plantes protectrices des violettes trouvent leur propre avantage dans l'abri qu'elles fournissent à ces dernières. Les violettes, en effet, forment à leur pied une sorte de tapis verdoyant qui ralentit l'évaporation de l'eau contenue dans le sol et entretient ainsi une humidité favorable à la croissance des protégées et des protectrices. EAtre ces deux ordres de plantes, l'aide est réciproque; les plus faibles rendent aux plus fortes les services qu'elles en reçoivent. » La concurrence vitale aboutit à l.a dégénération des végétaiux. La pratique de la solidarité les protège et facilite leur développement.

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