I 55+ LA REVUE SOCIALISTE trograde que dans ceux où chaque mouvement· de la Yie de relation est prévu et réglementé par une loi. Il est certain qu'a Constantinople une ménagère peut impunément secouer et battre ses tapis ou vider des eaux sales sur la voie publique, tandis qu'à Paris la même action lui coùterait un procès-verbal et la ferait mettre a l'amende. Dira-t-011 pour cela que la liberté est plus grande a Constantinople qu'a Paris? Notons, avant d'en venir a cc point spécial, qui sera traité à part, que la faculté <le désordre matériel, à tort confondue ayec l'exercice de la liberté, est d'autant plus grande que dominent les servitudes intellectuelles et morales. En de tels états le pouvoir ne se soucie pas de cc qui peut nuire aux individus mais seulement de ce qui pourrait nuire à lui-même. Ases yeux, l'administration publique est absolument subsidiaire : il donne palais et provinces à un favori et laisse ses employés des postes attendre parfois des années leurs appointements. Mais revenons à notre sujet. Certes, c'est pour leur satisfaction propre que les sexes se recherchent et se joignent. Mais alors même que la communauté idéale de~ biens les au ra débarrassés de toutes les contingences économiques qui pèsent actuellement d'un si grand poids dans la détermination de la préférence sexuelle, les individus ne devront-ils rechercher que leur satisfaction personnelle et pourront-ils se confiner dans l'égoïsme à deux de l'amour si parfait, si idéalisé qu'on puisse le concevoir? Non. Même, si aucune loi positive n'intervient pour régler et sanctionner les rapports sexuels, même si à l'union libre s'est substitué l'amour libre, - pour notre part, nous ne concevons· pas plus l'amour sans union que l'union sans amour, idéalement parlant, et par consequent, cette expression d'amour libre n'a aucun sens ou plutôt en a un trop précis, - et à cette promiscuité que d'aucuns osent nous présenter comme le fruit idéal de la liberté, nous préférerions, et pour la société et pour l'individu, la forte et autoritaire famille des âges disparus, - même si la spontanéité la plus absolue régie les rapports des sexes, ces rapports n'en gardent pas moins un caractère social inhérent à la qualité de chaque individu et à l'acte qu'il accomplit. L'individu, en effet, on ne doit jamais l'oublier, est et devient à mesure davantage un être social. L'exercice de sa liberté, même quand il ne nuit qu'à lui-même est un acte antisocial, et il n'est véritablement libre que lorsqu'il ne peut pas plus se nuire à lui-même qu'à autrui, la liberté n'étant et ne pouvant être que la mise en action et en valeur consciente des facultés de l'individu. Un ivrogne qui abolit sa conscience par son vice, ne fût-il pas un danger pour ses voisins, enfreint l'ordre général. Dans une societé faiblement constituée, le tort qu'il se fait à lui-même n'a aµcune importance sociale. C'est un grain de poussière humaine qui disparaît du tourbillon inorganisé. Dans une société civilisée où chaque individu a son rôle ;,I
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