La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

- LA FA~ILLE IDÉALE 555 et sa valeur propre, où son effort coopérc à l'effort commun, où chacun de ses actes est une ·relation, un échange avec ses semblables, où il est à la fois un producteur, un citoyen et un être moral, cet ivrogne ne se nuirait-il en apparence qu'à lui-même cause un dommage à la société : il est co état d'infériorite dans l'association et dans l'échange, il a reçu plus qu'il n'a donné. On conçoit que ce qui se dit ici de l'ivrogne adonné à son vice peut et doit, à plus forte raison, se dire des individus qui ne verraient dans le rapprochement sexuel que la fugitive minute physiologique. L'ivrogne peut être un solitaire; son exemple, loin d'entrainer, peut donner une juste et salutaire répugnance à ceux qui auraient un goôt tr()p vif pour les boissons fortes. Socialement, s'il est nuisible par l'état de non-valeur auquel le réduit son vice, il peut être utile par la fonction d'ilote qu'il assume et pallier ainsi le tort qu'il fait à ses concitoyens. L'individu qui réduit l'amour à sa fonction animale, ornât-il ses appétits ou sa dépravation des plus précieuses acquisitions esthétiques, est beaucoup plus dangereux. Non seulement il ne peut jouir seul, mais il agit par l'exemple sur ceux qui l'entourent. Il les entraîne sur une pente fleurie dans les abîmes de la volupté. Il est alors un agent actif, un propagandiste par le fait de la régression sociale et morale. Il sépare le but individuel du but collectif, puisqu'il ne cherche plus à accorder ses satisfactions propres avec la satisfaction de l'ensemble des êtres humains; il va même à l'encontre du but collectif, puisque ses satisfactions personnelles sont contrairés aux satisfactions de tous, puisqu'elles tendent à montrer un_ but personnel et unique aux efforts de tous, puisqu'elles rompent l'équilibre qui doit s'établir entre nos divers besoins et désirs, si nous voulons vivre la vie idéale. Or, le caractére idéal de l'amour est de réunir toutes les conditions de la beauté morale. Les romantiques de la métaphysique et de la littérature peuvent s'écrier mystiquement que l'amour est un sentiment qui se suffit à lui-même, qu'il est dominateur et exclusif de tous autres et qu'un amant qui n'es·t pas prêt à brûler le monde pour réchauffer les pieds de sa belle ou réjouir ses yeux, n'est pas un véritable amant. Pour un peu, Chiméne hésitant à se jeter dans les bras du meurtrier de so~re leur donnerait des impatiences. Ils en sont encore à la conception de l'amour-combat, et c'est à peine s'ils ont élevé le niveau moral de cette conception, p~ise d'ailleurs dans les réalités d'un temps' qui s'enfuit. Je! amant sera admiré pour avoir entraîné avec lui dans la mort la femme qui se dérobait à sa poursuite. Ce type antisocial sera représenté comme un parfait modéle auyeux des individualistes moraux qui sont les plus no~breux en ce moment de transition. Mais déjà surgit un type social autre, et que la littérature exprime. \ /

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