LA REVUE SOCIALISTE Jans leur essence même elles assurent à tous sécurité et liberté. De ce qu'une femme, devenue une ouvrière, a conquis la libre disposition d'une partie de ses actes et assume seule la responsabilité de sa con- <luite, il ne s'ensuit pas qu'elle doive tourner ses actes contre ellemême et détrnire par sa conduite sa moralité et sa santé. Les adversaires de tout progrcs critiquent assez niaisement les prétendues viragos politiques qui prétendent s'égaler aux hommes. C'est là un des thèmes favoris de la caricature littéraire et imagière de toute idée nouvelle, et les malheureux qui s'emploient à ces besognes n'ont même plus le sens du ridicule auquel ils s'exposent deux mille cinq cents ans 1près Aristophane. S'ils voulaient véritablement corriger les mœurs en riant; ils n'auraient pas besoin de se donner tant de peine à imaginer le grotesque et le contradictoire. S'ils connaissaient véritablement les mœurs ils n'auraient pas envie de rire, et ils verraient avec ~a même tristesse que nous la femme devenue ouvrière emprunter à l'ouHier les vices dont elle avait été préservée jusque-là. Parmi ces vices, celui qui conduit à tous les autres et menace les générations humaines dans leur source même, le hideux alcoolisme fait des ravages incalculables dans la malheureuse _population des ouvrières. lei l'enseignement moral est insuffisant contre l'exemple et surtout i.:ontre les conditions de milieu. Seules des transformations économiques et sociales, et proYisoirement des réformes, peuvent modifier et finalement transformer cette situation. Que l'atelier soit assaini et le logis rendu attrayant, que le travail soit moins accablant et que le loisir soit occupé par des plaisirs d'ordre intellectuel, et cette plaie guérira. Les deux sexes alors ne trouveront plus l'égalité dans une commune abjection, mais dans la joie de Yivre l'un pour l'autre une vie rendue pl us facile. Ce n'est pas davantage dans la recherche pure et simple du plaisir physique que doit consister le désir de liberté des sexes délivrés des anciennes contraintes morales et familiales et des servitudes économiques dont nous prévoyons la disparition. Dans la Dame de la mer, qui est certainement le cbef-d'œuvre d'Ibsen, la femme ne veut pas être libre pour sacrifier son acquis moral aux satisfactions sexuelles. Cette dame de la mer qui veut quitter son mari, aller au loin user de sa liberté enfin, est étonnamment chaste. Elle veut être libre pour être libre. Cela paraît de b métaphysique pure que ce désir sans objet; cette volonté sans but, pour le principe, est cependant, à mon sens, le plus admirable symbole qui puisse être présenté aux hommes de l'idéal de liberté. Dès qu'elle sait qu'elle est libre et qu'en cachant ses larmes son mari a renoncé à tout droit sur elle, elle se détermine librement et c'est dans les bras du compagnon de sa vie qu'elle veut finir ses jours. Ce symbole n'est pas abstrait du tout, et il n'y a point là-
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