La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLEID~ALE 55 I du mot, sont aussi ceux qui aiment le moins. Il n'y a q1-1'àécouter leurs conversations pour savoir en quel mépris profond ils tiennent celles qu'ils appellent complaisamment leurs« victimes >i, mot consacré par le public avec une admirative et cruelle stupidité. Répétons-le, les conditions physiologiques de la préférence sont fondamentales et essentielles en amour, mais nul amour ne peut exister s'il les considère comme suffisantes. Mais, nous l'avons dit : Il est plus facile de distinguer une Vénus d'une Carabosse, qu'une femme intelligente et bonne d'une stupide et , méchante. Quand l'inégalité sociale et les contraintes auxquelles elle oblige ceux qui ne possédent rien auront disparu, on donnera plus d'importance gu'aujourd'hui aux qualités intellectuelles et morales en matière d'association sexuelle, et un plus grand nombre de personnes qu'aujourd'hui seront pénétrées de cette importance capitale des facultés intellectuelles et morales. Certes, alors, de nombreux disgraciés moraux joueront la comédie de moralité pour avoir leur place au banquet de l'amour, mais comme l'inégalité sociale est un grand agent d'immoralité et qu'elle aura disparu, le nombre de ces hypocrites ira en diminuant, et même leur effort à jouer un rôle vertueux se traduira chez leurs descendants en une pratique réelle de la vertu. D'autre part, quand les amants s'apercevront qu'en amour il faudra dorénavant payer de sa personne et non plus de sa bourse, ils travailleront à acquérir les conditions nécessaires pour être préférés. Une cultureintellectuelle plus généralisée et plus complète, grâce aux loisirs que donneront aux producteurs les perfectionnements des moyens industriels, aidera puissamment à l'éclosion de ces conditions psychologiques. Mais, on le voit, il faut que les émancipés et les émancipées de demain se libèrent de leurs vices d'esclaves pour acquérir les vertus des êtres libres. Ce n'est pas la condition de leur liberté, car ils pourraient vouloir et réaliser un bien dont ils seraient inqpables de jouir, mais c'en est la condition de durée et de réalité. La femme, donc, qui aspire;·ait à l'idéal d'émancipation sexuelle que lui préparent les faits de ce temps, et l'on sait si les symptômes de cette transformation sociale sont abondants autant que significatifs, la femme qui newudrait être libre que pour faire de demain le reflet d'aujourd'hui porterait un coup fatal à son idéal d'émancipation. Ainsi, jusqu'à présent, confinée dans la famille et réduite à la moindre action, à la moindre initiative, elle gardait toutes les vertus passives conservatrices de l'individu et de la société. Il en est de ces régies qui président aux vertus individuelles comme de celles qui discipline_nt les sociétés. Elles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais par l'usage qu'une minorité en fait pour opprimer la majorité. Appliquées à tous et respectées de tous , \ - I

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