( \ LA FAMILLEIDtALE 549 terrain accidenté des réalités, de leurs mouvements particuliers et de leurs réactions mutuelles. Des esclaves veulent être libres parce qu'ils ont vu que leurs maîtres passent les journées dans les douceurs du far nieute et leurs nuits dans les joies de l'ivresse et de l'amour. Le travail des esclaves donne aux maîtres ce loisir. Que si les esclaves se libcrent pour imiter leurs maitres, labo 11bance durera huit jours, le temps d'épuiser les provisions. La fin, on la prévoit. Trop heureux seront les prétendus émancipés <le retourner à leur servitude s'ils ne veulent pas mourir de faim. Les disciplines que les maîtres de tout ordre ont établies dans l'intérêt de leur domination ne disparaîtront en réalité jamais en ce qu'elles ont d'essentiellement nécessaire ù l'ordre public; si les esclaves émancipés ne savent pas les pratiquer volontairement, comme jadis ils les subirent involontairement, ils retourneront :\ leur servitude. Présentée ainsi dans sa forme élémentaire, la plus saisissante, il semble que cette vérité ne souffre pas de contradiction. Pourtant, que de gens, opposant l'individu à la société, parlent et agissent comme si l'individu pouvait exister sans la société et réciproquement. frappés par le spectacle des inégalités et des ser\'itudes qu'elles engendrent, ils déclarent la société ennemie alors qu'elle n'est qu'asservie. Prenant la partie pour le tout, ils englobent dans le même anathéme ceux qui violentent la liberté de leurs semblables et ceux dont l'ignorance et la faiblesse font la servitude. Les disciplines par lesquelles se maintient la servitude sont essentiellement les mêmes que celles qui assurent la liberté. Il ne s'agit donc pas de supprimer les lois, mais d'etendre à tous les bénéfices qu'elles donnent à quelques-uns. Cela ne se peut faire que par l'exercice d'une volonté sociale consciente, totalisation des volontés individuelles conscientes. Il va de soi qu'alors certaines formes et certains aspects de la discipline imposée et qui n'avaient pour objet que le maintien du privilége de la minorité contre toute revendication ou atteinte de la majorité disparaissent alors pour faire place à des régies communément acceptées, chacun ayant con:i-p-ris qu'il en retirera une utilité particuliére ou qu'il doit sacrifier une certaine convenance à des conven·ances plus importantes. Mais, comme nous le verrons dans une partie de ce travail, le sacrifice de l'individu à la société et même d'une certaine convenance à une ou plusieurs convenances plus importantes diminuera de fréquence et d'intensité à mesure que l'humanité se développera, pour disparaître enfin totalement. Déjà aujourd'hui le public n'accepte plus qu'un individu soit malgré lui dévoué au salut commun. Il ne faut pourtant pas remonter à une trés haute antiquité pour trouver fréquemment cette pratique qui a eu ses équivalents modernes dans lès actes inspirés par la raison d'Etat, une raison que la raison publique se refuse de plus en plus à
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