La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE des pures opérations de l'esprit, mais elles obéissent toutes à la même impulsion que l'être humain leur donne dans son ardent désir de mieux connaître son domaine et de le mieux utiliser. Nous avons vu que, dans l'ordre économique, l'effort volontaire, et par conséquent conscient, tend graduellement à dominer. Il en est de même dans l'ordre: politique et moral oü émergent déjà quantité d'intelligences et de volontés dégagées de l'ignorance et de l'inconscience primitives. Il y a conflit entre l'ordre économique qui a gardé encore plusieurs des aspects de l'ancienne inégalité sociale et l'ordre politique et moral qui théoriquement a déclaré égaux et libres les individus que l'ordre économique maintient dans l'inégalité et, pour la majorité, dans la servitude. Mais en même temps que les moyens politiques et moraux agissent avec énergie pour libérer l'individu de l'asservissement économique, en même temps aussi que l'ordre économique emploie ses propres moyens à restreindre les conquêtes de la liberté politique et morale, les conditions mêmes du développement économique travaillent à leur insu à constituer et à fortifier la liberté morale et politique de chacun. Ainsi, la femme devenue ouvricre trouve dans sa dépendance économique personnelle, toute précaire et relative soit-elle, les conditions de sa libération personnelle des contraintes familiales. Que demain la forme économique vienne lui donner la possession du produit intégral de son traYail, qu'un plus judicieux emploi de la force et surtout de l'ingéniosité humaine fasse cc produit adéquat à la somme de ses besoins, et nous avons vu ( LA PROPRIÉTÉ IDÉALE, Revue Socialiste, année 1897) que l'humanité peut envisager cet idéal auquel concourent toutes ses forces conscientes, - et la femme aura acquis, par sa libération economique, les compléments et les garanties de sa liberté morale et politique; elle pourra alors exercer dans sa plénitude sa libertc de préférence en matière d'association sexuelle. Ou plutôt, elle aura les moyens matériels nécessaires à l'exercice de sa liberté, c'est-àdire les moyens extérieurs, qui lui font aujourd'hui presque défaut et ne sont même assurés présentement qu'à une infime minorité d'individus des deux sexes. Mais il ne suffit pas d'être déclaré libre pour l'être réellement. Il ne suffit même pas de posséder les moyens de la liberté. Il faut encore savoir en user pour son propre bien, faute de quoi l'on tombe en une licence oppressive de la liberté, à laquelle on ne tarde pas à préférer les mornes sécurités de la servitude. C'est fort bien de dire théoriquement que l'on n'a la force de- conquérir la liberté que quand on en a eu la forte volonté, et que cet effort est une garantie qu'on est digne de la liberté. Cette vue d'optimisme fataliste est vraie au sens absolu; elle l'est beaucoup moins quand on se place sur le -

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==