La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLEIDÉALE >47 \ LA FAMILLE IDÉALE (Suite) \'III LA LIBERTÉ DE LA PRÉFÉRENCE Il semble exister une contradiction essentielle dans le développement social: tandis que dans sa forme économique il paraît discipliner, hiérarchiser les individus et fondre leurs efforts en un effort anonyme au point que dans la confection d'une épingle ou d'une paire de chaussures nul ne peut dire exactement la part de travail qu'il a apportée, dans sa forme politique et morale il paraît au contraire libérer, égaliser les individus et donner à tous leurs actes une pleine indépendance. Ce n'est qu'une apparence, cependant. Non seulement, en effet, l'asso- .../ cic1tion des efforts où l'effort de chacun se perd dans l'ensemble, donne naissance à la liberté politique et morale de chacun en lui constituant les moyens réels de sa liberté; mais encore de cette combinaison de forces économiques naît la liberté économique réelle, qui n'a rien de commun avec la précaire indépendance que conditionne la lutte et que la lutte détruit. Inversement ou plutôt parallélement on peut dire que la liberté morale et politique que nous promet l'ensemble des conditions sociales est en réalité le-résultat d'une association politique et morale et que le jour où cessçrait de dominer un concept moral et politique quelconque, les individus tomberaient à l'indépendance morale et. politi'}ue, c'est-à-dire à une désolidarisation générale qui serait la fin de toute société. Il y a donc solidarité étroite entre toutes les formes du développement social. Elles peuvent ne pas évoluer avec la même rapidité, leur mouvement n'a pas la précision mathématique

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