LA REVUE SOCIALISTE 1n1ustice. Mais la doctrine économique appliquée jusqu'à ce jour admet que les services de l'Etat soient obligatoires et gratuits, à la condition que des i,mpôts injustes et mal répartis en paieront les frais. La caisse des retraites n'est autre chose qu'une caisse d'assurances créée par la sollicitude générale pour la Yieillesse; les caisses des compagnies, au contraire, sont nées d'une sollicitude particulière de l'actionnaire pour lui-même. L'une est une prime à la préYoyance, l'autre, un tribut prélevé sur elle. La première, souvent vide, fait appel aux contribuables; la seconde, toujours pleine, coûte au pays. Voilà la différence. Les sociétés appelé.es improprement de secours11111/uels sont en réalité des sociétés d'assurance mutuelle protégées par l'Etat. Par elles, l'ouvrier atteint de maladie, frappé d'un accident, trouve une protection, sinon toujours efficace, du moins toujours solidaire. Il existe des risques contre lesquels l'humanité ne cesse de lutter. A l'état primitif, l'homme se défendait contre la nature et se battait avec son semblable'.; sous la barbarie, c'était entre peuplades que la guerre s'allumait; la civilisation tronquée, incomplète, agrandit le champ de bataille et c'est d'une puissance à une autre que le même fléau porte ses ra"ages. Dans une civilisation complète, au contraire, sous une vraie République, l'homme obéissant toujours à la loi de conservation qui est en lui, commande à la matière, et par des liens de solidarité enchaîne, ou tout a'L1moins, atténue les risques et les fléaux. L'humanité, seule, le guide. Qui donc plus que l'Etat a la mission d'élever cette solidarité à la hauteur d'un principe, qui donc a Je devoir impérieux de prendre de sages précautions et de lutter contre les forces brutes de la nature, qui donc mieux que lui peut réparer les désastres? Tandis que les compagnies, en général, qui spéculent et prévoient, refusent d'assurer contre les incendies provenant des faits de guerre, des émeutes populaires, des tremblements de terre, l'Etat, qui prévoit et ne spécule pas, endigue des fleuves, ouvre des canaux, crée des r,outes, surveille et arr<'.:teles malfaiteurs comme les ennemis à la frontière. Il représente la communauté des intérêts; personne mieux que lui ne peut dire :'i tous les membres de la société française: Il y a des coups imprévus du hasard sur lesquels l'humanité ne peut que gémir; ils vous menacent sans cesse, mais je veille; allez, faites en sécurité des œuvres d'art, de commerce et d'industrie; rentrez vos récoltes, je me charge de vos risques! ... Sans doute il faut prendre à l'assistance pour organiser la prévoyance, fusionner les services d'assistance et d'assurance et organiser une vaste association mutuelle à laquelle tout le monde adhérerait. Certes l'État, représentant la collectiYité sociale, doit une assistance aux déshérités de la vie, qui ont lutte pendant de nombreuses années sur les champs de bataille industriels et agricoles. Certes il serait plus digne - et pour eux et pour nous - que les frais d'assistance cessassent d'être une aumône et se convertissent désormais en encouragements à l'épargne et à l'esprit de propagande, et que l'organisation actuelle de la bienfaisance publique fùt transformée en un système d'assurance contre la maladie, le chômage, la vieillesse et la mort, et tous les accidents personnels et matériels.
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