La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

DE LA FÉDÉRATION est mal assurée e:1core, soit contre les entreprises d'un aventurier, soit contre les suites d'un désastre militaire; si surtout notre pays a tant de peine à utiliser toutes ses forces vives, à progresser économiquement, moralement, intellectuellement, c'est qu'il forme un corps politique hydrocéphale, plcthorique au centre et anémié aux cxtn'.:mités. - Enfin combien serait facilitée la solution de la qùestion ou des questions sociales, si au lieu d'ttrc découpée capricieusement en circonscriptions purement administratives, la France se composait d'États fédérés, indépendants pour tout ce qui concernerait seulement leurs intérêts particuliers et par conséquent libres de rcsoudre, comme ils l'entendraient, des problèmes dont la gravité augmente chaque jour. - C'est que les essais, les expcrienccs de réforme sociale sont plus nisés dans un groupe pnrtiel que dans un grand pays centralisé, où toute innovation est un sujet d'effroi, car, en cas d'insucccs, elle pent dcYenir extrêmement dommngcablc, :i cause de l'énormité des intérêts en jeu. Mais plus urgente encore, parce que plus immédiatement bicnfaisnnte, serait l'établissement d'un lien fcdéral entre tous les États européens. L'idée n'en est pas nouvelle; mnis, si l'idée subsiste, elle ne fait guère de progrès; c'est qu'en étant théoriquement plus simple <jUC l'organisation fédérative des États à l'intérieur, le projet d'une confédération européenne se heurte à l'opposition de tous les gouvernements monarchiques, appuyés en cela par des mnsses moutonnières, incapables d'admettre que l'avenir puisse différer du passé. "Néanmoins le moment semble favorable. Aujourd'hui toute guerre entre des États ciYiliscspeut être considérée comme une guerre ciYilc, .aussi l'absurdité du ruineux rc.:gimede paix armée, qui pcse sur l'Europe, devient tous les jours de plus en plus criante. D'autre part, les peuples ne sont plus autant que par le passé des troupeaux dociles et muets, et toute mesure, qui les délivrerait du cauchemar de la guerre, serait accueillie avec une joie immense. Mais les idées, fussent-elles justes et fécondes, ne se réalisent point d'elles-mêmes. Il les faut semer, prop:lger, vulgariser par la parole, par le journal, par le livre. Comment se peut-il faire que cette grande idée de la fédération trouve si peu de défenseurs? Il y a quelques annees, un congrès de la fédération s'est tenu à Paris. A-t-il produit quelques résultats à tout le moins au point de vue de la propagande? Il ne semble guère. Notre _opinion publique, celle que l'on entend parce qu'elle crie, en est toujours à la barbarie des vieux figes : il importerait fort (l'en susciter ou d'en créer une autre. I CH. LETOURNEAU.

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