La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE peuples ont eu ou ont encore le malheur de subir cette oppression centraliscc, dont les funestes effets sont trop connus ponr qu'il soit utile de les énumcrer et dont le moindre n'est pas de briser tout esprit d'initiative dans les provinces trop gouvernées et chez les sujets en général. Cette tyrannie du pouvoir central ne revèt pas toujours la même forme; mais, militaire ou administrative, elle ne se modifie point au fond, même quand elle pc'.:sesur des États qui se croient en république, quoiqu'on y ait pieusement conservé toute l'organisation classique des monarchies. Qu'elle soit ou non nominalement républicaine, la centralisation ne change pas d'essence; toujours elle entrave l'essor naturel d'un pays, le libre jeu de ses aptitudes et de ses besoins. Ainsi gènées sans cesse, administrées à outrance, maintenues en tutelle, les nations languissent, s'ctiolent et peuvent en mourir. - Triste n:gimc ! Il est justement le contrepied des aspirations rcpublicaines, qu'on ne saurait réaliser logiquement, en dehors d'une organisation fédérative, la seule qui permette le plein et libre développement d'un peuple, tout en lui garantissant durée et prospérite. - Quel immense serYice on rendrait à la ciYilisation, à la n:1ie, si l'on parYenait à répandre, à n1lgariser cette vue si simple et si juste! A combien de maux, à combien de dangers ne parerait pas le régime de la fédération, s'il pouvait largement s'ctablir en Europe, où il n'existe qu'en Suisse, à titre de phénoméne unique. Rapidement, à \'Ol d'oiseau, passons en revue les diverses nations de notre continent. Le colosse russe, déjà démesurément grand, devra certainement, un jour ou l'autre, choisir entre la fédération et le morcellement. C'est aussi par la fédcration seule, que peut être aiscment résolue l'éternelle et si dangereuse question d'Orient. Aux États scandinaves, une vraie fédération donnerait à la fois la force et la paix intérieure. En Autriche, tous les peuples, que tant de mariages et de guerres ont, sans leur consentement, groupes sous le sceptre irnpcrial, denaient aspirer à la fédération, comme des malades à la santc. On est en droit d'en dire autant de l'Allemagne impérialisée et militarisée, de l'Italie trop unifiée, de la péninsule ibérique, toutes contrées mùres pour la fédération. Enfin, par la fédération encore, l'Angleterre fermerait l'inguérissable plaie que la question irlandaise maintient ouverte à son flanc. Mais il est une nation qui, plus peut-être que les autres, est fondée à rcclamer à l'i11tcrieur une organisation fédératiYe. C'est la nàtre, c'est b France unifiée, centralisée à l'cxces par les efforts scculaires de ses rois tout d'abord, par ceux de la ConYention ensuite, par Bonaparte enfin, et l'on doit mème ajouter par tous les gouvernements qui, sous des étiquettes ,,iriees, se sont succédé depuis notre premier Empire. Aujourd'hui même, si notre troisiéme Rcpublique

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