La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE limites des choses, se trouvent dans l'obligation, pour dresser l'inventaire <luCosmos, d'en prendre la mesure avec l'angle de compas propre à son intellect. Il s'agit de ramener le sans bornes aux proportions de notre 111oi pensant, du sublimement frêle roseau de Pascal. « Une goutte de vapeur enlevée dans l'espace, a écrit Élisée Reclus, avec son bonheur ordinaire d'images à la fois frappantes et entraînantes, une goutte de vapeur enlevée dans l'espace reflète l'univers. » Elle le reflète, mais sans s'approprier par la compréhension cc qu'elle reproduit en tant qu'image. C'est cette compréhension que les cellules cérébrales ont à élaborer; c'est le travail de sublimation muant des couleurs et des formes en idées, qui leur incombe. Pour arriver à ce prodigieux résultat mental, un seul moyen est à leur disposition, un unique mode d'assimilation: l'abstraction. Il faut qu'elles généralisent, puis généralisent encore, puis gcnéraliscnt toujours, résumant sans cesse en traits typiques. Pas de mesurage possible sans unité de mesure : ce sont ces unités de mesure, ces procedés de ..détermination et de qualification, que nous demandons aux nomenclatures, aux classifications. Celles-ci, qu'on permette le néologisme, cérébralisent l'univers. La goutte de vapeur d'Élisée Reclus le reflétait, nous, nous le forçons à n'.:fl(-chir notre manière d'être intellectuelle, à nous renvoyer comme l'(-cl10 du choc de notre entendement irradié en perceptions, conceptions, idèes, rencontrant, par les espaces, ses affirmations phénoménales, ses manifestations morphologiq ucs. Étant donnée la loi d'abstraction, de généralisation, qui est celle même de notre entendement, il est évident qu'après la découverte d'une classification satisfaisant au besoin présent d'un développement scientifique quelconque, la découverte à faire, devant suivre, est celle d'une nouvelle classification plus large et plus haute en vue de l'avenir. Cuvier a été le classificateur de l'heure présente, Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire les porte-voix autorisés de demain, du demain de cette premicre moitie du dix-neuvicme sieclc ou ils vivaient et que nous représentons à la suite des Darwin, des Hreckcl, des ·wallacc, des Herbert Spencer: etc., nous, les evolutionnistcs de cette fin de même siècle. Nous rattacher intellectuellement à Lamarck et à Geoffroy SaintHilaire, c'est nous rattacher en mème temps à la Révolution, qui, on a pu le dire, a improvisé ces deux grands penseurs ès sciences naturelles en décrctant que l'un, jusque-la botaniste, serait zoologiste, que l'autre, jusque-là minéralogiste, éll'.:vcd'Haüy, le serait de même. Ils le furent avec la portée que l'on sait, s'illustrant comme il a cté cnrcgistrl au Je but Je cc chapitre. L'univers ne pouvant être pour nous que tel que nous sommes capables de le concevoir, et le champ d'opération qu'il présente, infi-

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