La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVUE DES LIVRES ~goïsme, j'aurais ainsi que M. Arréat mis plus de distance. Les premiers sont des amis trop zélés, les seconds des ennemis; M. Arréat eût dû éviter de rééditer en esprit la boutade fameuse de Voltaire. C'est surtout dans les êtres collectifs, États, castes ou classes, que les sanc- • tions agissent directement et avec toutes leurs conséquences. Les exemples en fourmillent dans l'histoire, et M. Arréat n'a eu garde de les passer sous silence. Certes les vertus qui ont fait les nations fortes ne sont pas les vertus qu'on exige de l'individu privé. M. Arréat ne tombe pas dans l'erreur positiviste et ne donne l'absolution à aucun crime historique. Mais, dit-il, « l'heure viendra, d'ailleurs, où les nations :;iujourd'hui prééminentes ne pourront durer qu'en s'ajustant elles-mêmes à un idéal supérieur. Tout engagés que nous sommes encore dans la pratique des siècles barbares, nous portons sur les événements du monde des jugements que les hommes d'autrefois n'eussent pas compris, et qui témoignent d'une acquisition de l'espèce. En dèpit des apparences contraires, nos sentiments s'épurent et l'objet de nos efforts s'agrandit.» Dès lors, la loi historique du dépérissement des empires disparaît devant la loi du progrès. Le progrès ne voyage plus pour donner tour à tour la prééminence aux nations élues; il établit l'empire humain. « Transformer la justice mécanique du monde en justice morale et sociale, telle est donc la formule qui nous a paru exprimer avec le plus de force l'idéal actuel et permanent des sociétés. » Après avoir établi ces bases solides, M. Arréat examine, par « conjectures », ce que seront « les croyances de demain ». Sur l'univers, sa réponse était faite d'avance par h fort belle théorie qu'il a formulée de l'identité des lois morales et des lois naturelles. Il y revient en ces termes, où se reconnaît ,la prudence d'un philosophe nourri de la science de son temps : « Il est au moins légitime de penser que la réalisation progressive de l'idéal humain entre dans le jeu de l'évolution universelle (ici, qu'on me pen'nette de rappeler que j'ai dit' quelque part: « L'idéalisme est la forme pensée de l'évolution » (r), et quelques philosophes ont pu parler, en se plaçant à ce point de vue, d'une morale cosmique, c'est-à-dire d'une telle conception de la vie générale, que l'homme s'estime un agent efficace dans la nature et l'auteur aussi de ses propr~s destinées. Ces conjectures à coup sûr ne laissent pas d'être téméraires. Si, pourtant, elles étaient recevables, n'est-ce pas de quoi nous reposer et nous affermir? » Pour ma part, je ne vois rien dans la raison humaine telle que l'a formée la connaissance acquise à ce jour qui répugne à cette hypothèse. « La notion du divin a varié avec celle de l'âme», dit ensuite M. Arréat. Dieu et l'âme ont en effet été des substances réelles et à mesure que reculait le spiritualisme nous les avons vues se spiritualiser au point de n'être plus que des entités, des pseudonymes, des forces et des idées. L'inconnaissable est actuellement leur dernier refuge, « un dernier déguisement de ce fétichisme verbal», comme dit avec force M. Arréat. « La philosophie scientifique reconstruit la religion en la niant», ajoute-t-il. Elle ne conciliera pas les religions, tâche puérile et impossible. Elle imposera ses acquisitions définitives : « La réaction singulière où l'on verse aujourd'hui (le mystico-idéalisme, mystification d'idéa- (1) L'idéalisme social, Revue Socialiste de janvier 1896.

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