REVUE DES LIVRES 499 REVUE DES LIVRES A. DEBIDOUR : Histoire des rapports de l'Église et de l'État en France de 1789 à 1870 (Félix Alcan, éditeur). Prix : 12 fr. - Sous peine de fair~ avorter la Révolution; la France de 1789 ne pouvait pas plus négocier avec son clergé qu'elle ne voulait traiter avec le Saint-Siège. Fatalement la première œuvre de l'Assemblée constituante devait être purement négati,·e, c'est-à-dire destructive, et purement politique, c'est-à-dire ne toucher qu'au temporel de l'Église, et ôter au clergé catholique les droits d'un ordre privilégié. En se bornant à l'expropriation du clergé, la Révolution aurait gardé dans ses rangs les curés qui se souvenaient du régime primitif de l'Église et des anciennes pragmatiques royales, et étaient d.e.meurés gallicans, autant par patriotisme que par conviction religieuse, et un peu par amour-propre et légitime ambition. Mais, après avoir détruit, les Constituants ne voulurent pas se contenter d'avoir laïcisé l'État. Un entraînement naturel les poussa à vouloir construire et à s'ingérer dans la réorganisation disciplinaire de l'Église. Ainsi, en pénétrant sur un domaine qui n'était pas exclusivement le sien, la Révolution fournit des prétextes plausibles de rébellion. Les Constituants ne comprirent pas la gravité de l'erreur qu'ils avaient commise en imaginant la constitution civile du clergé. Leurs successeurs durent, pour la réparer, couvrir la France de ruines et faire couler des flots de sang, pour aboutir quand même à l'idée de déchristianiser la France, puis à cette conception si rationnelle de la liberté des cultes et de la séparation de l'Église et dé l'État. La séparation des deux pouvoirs s'était opérée trop tard, et après une lutte trop violente pour être oubliée de part et d'autre. Le Directoire, comme la Convention, fut troublé par les suites de cette lutte qui prépara les voies à Bonaparte et fit réussir le c< pacificateur ii Dix-huit Brumaire. Cependant la majorité des Français ne demandait pas que l'on négoGiât avec la papauté; elle attendait bien du général victorieux le rétablissement de la paix religieuse, mais sous le régime de la liberté, c'est-à-dire de la séparation de l'Église' et de l'État. - Loin de lier l'Église, le Concordat de 1801· enchaîna au coruraire l'État à une puissance rivale dont les sourdes et invincibles résistances empoisonnèrent à jamais la politique française. Bonaparte avait en réalité, et à son insu, travaillé contre lui-même, contre la France laïque et libérée par la Révolution. Au surplus l'ancien.régime avait fait le clergé de France gallican; Napoléon l'a fait ultramontain. L'hisn,,,ire de la Restauration est tout entière contenue dans l'histoire des
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