LA REVUE SOCIALISTE UNE LETTREDE M. ÉMILEZOLA A PROPOS DE PARIS D'une lettre que m'adresse M. Émile Zola, à propos de mon compte rendu de son beau livre, j'extrais l'important passage qui suit : « J'ai bitn envie de <lefendre ma conclusion, de vous faire remarquer que j'ai voulu simplement élargir l'action humaine de demain en ne la confiant à aucune formule, à aucun groupe, en la remettant à la science, je veux dire à la connaissance totale des êtres et des choses. Mais cc serait la discuter, et à quoi bon? puisque nous sommes certainement du même avis sur le but à atteindre, qui est de faire régner le plus de justice, le plus de bonheur possible.» Le maître écrivain, en effet, n'a pas à défendre sa conclusion. Il est très visible que son livre est un hymne à la vie agissante, rendue plus consciente, c'est-à-dire meilleure, grâce à la connaissance du réel. Et je ne crois pas m'y être trompé. J'ai seulement contesté la thèse fataliste de M. Berthelot, épousée par M. Zola, que la scienceoutil puisse transformer le monde en mieux sans le concours de l'hommc-ouwicr. Que Guillaume, un révolté plutôt qu'un révolutionnaire, se résigne à laisser tomber l'outil de ses mains découragées et se fic à l'action aveugle des forces, rien de plus naturel. Mais je tenais à faire savoir qu'entre les hommes qui attendent le mieux du seul effort de leurs volontés et de leurs colères et ceux qui l'attendent des progrès de la science et se reposent sur elle de leur devoir d'agir, également fatalistes et par ce côté très proches parents, il y a les hommes qui entendent faire servir la science à la réalisation de leur rêve de justice. Mon illustre contradicteur, qui aime la vie volontaire et réfléchie, et qui vient de la vivre si noblement en ces jours derniers, n'a pas vu ces hommes-ci dans son œuvre. Je l'ai regretté comme citoyen. Le grand citoyen qui ajoute en ce moment une œuvre de justice à ses œuvres de lumière ne peut nous reprocher ce regret qui prouYe quel prix nous attachons à sa pensée et quel désir nous avons de n'être pas méconnus de lui. E. F.
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