La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE biologie avaient démontré l'inanité des oppositions conçues par l'inconnaissance des premiers temps. » Cette marche a été suivie par la sociologie, qui « a débuté par être une mythologie ». Et M. Tarde note que « les ·métaphysiques, non moins que les mythologies, ont abusé des combats ». Sans doute, mais les mythologues et leurs opposés identiques, les métaphysiciens, ne faisaient pas autre chose que de transporter dans le monde des imaginations ou des idées pures la lutte dont le monde réel leur donnait le spectacle et le modèle. De même qu'il fallut les analyses et les observations de la science pÔur démontrer l'identité fondamentale des phénomènes opposés, de même il faut à la sociologie les observations de l'histoire et les analyses de l'économique pour concevoir l'identité fondamentale des antagonismes et prévoir leur fin. M. Tarde reconnaît qu'on a rendu un « signalé service à la science sociale» en << substituant à la guerre, comme clé de l'histoire, la concurrence». J'aurais aimé qu'il ajoutât que cette interprétation n'est pas des économistes, qui fuirent toujours avec soin le terrain sociologique et les généralisations auxquèlles il entraîne, mais d'un socialiste qui sut rattacher la science économique à un concept social d'ensemble. J'ai nommé et tout le monde avec moi nommera Karl Marx qui, le premier, fit de la lutte des classes la trame de l'histoire sociale. Après une analyse très curieuse et très pénétrante de l'opposition psychologique et du phénomène de répétition en imitation qui font surgir les oppositions d'ensemble dont se forme le développement social sans reversibilité pour les phenomènes majeurs, cc par exemple, la série des découvertes de la science ou de l'industrie », M. Tarde se demande un instant s'il faut préférer la torpeur de « cette paix de surface qui recouvre l'état de guerre sourd et continu des âmes aux prises avec elles-mêmes », aux « guerres les plus meurtrières », aux << guerres religieuses mêmes» et à « tous les accès du délire politique dans les révolutions les plus sanglantes». Il semble en effet qu'il en soit ainsi et que la guerre extérieure et générale ne cesse que pour faire place au conflit intérieur et individuel. M. Tarde se rassure vite. La guerre est un état passager que la conquête fait cesser, ou « un traité de paix J>, une trêve serait le terme plus exact. Pour la lutte intime, il est hors de doute qu'elle est « une crise exceptionnelle et passagère )), Pour « la lutte entre hommes », « l'histoire bien comprise fait voir que la guerre évolue toujours dans un certain sens et que cette direction, cent fois reproduite ... , est propre à nous faire augurer sa future disparition après sa raréfaction graduelle )>. C'est par << le passage du petit au grand », par la substitution des « colosses nationaux )) aux « petits clans )> que s'obtient ce résultat final. Voilà donc contredite l'explication donnée par M. Tarde de l'évolution des

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