La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVUE DES REVUES logues, comme M. Hreckel, ou certains sociologues transformés en savants, comme M. Herbert Spencer, ont conclu, le premi~r à l'éternité de la concurrence et le second à une exaltation maladive de l'individualisme. M. Tarde, à mon sens, suit une voie ou il peut marcher d'un pas assuré sans risquer de se heurter à de pareils écueils. L'article qu'il consacre ce mois-ci à l'opposition nous montre la concurrence se résolvant en concdttrs. « La continuation des guerres, dit-il, c'est en somme l'extension du champ de la paix >>. J c suis heureux ici de me trouver en plein accord avec M. Tarde, et je dois d'ailleurs lui rendre le témoignage qu'il m'a convaincu que la voie ou j'étais et qu'il suit lui-même est la bonne, quand j'écrivais ceci, dans la Revue de mai 1897 ~ « Le capitalisme établit lui-même le cadre et le modéle du tableau de l'avenir, et l'on peut dire, précisant ici la pensée saintsimonienne, que le capitali~me est du socialisme en puissance. C'est par des antagonismes locaux et particuliers que le capitalisme a assuré son hégémonie générale et les solidarités auxquelles elle oblige et qui mettent graduellement fin à ces antagonismes, non seulement dans les limites de chaque nation, mais internationalement. C'est donc à tort que la lutte pour l'existence, la concurrence, est présentée comme une condition éternelle de développement économique et social, alors qu'elle n'en est qu'une condition transitoire, déjà en voie de disparition » (1). J'ajoutais, entrant directement dans la pensée de M. Tarde et allant droit à ses conclusions : « La solidarité s'est d'abord manifestée par des antagonismes entre identiques; ces identiques se résoudront finalement en harmonie par l'association de tous les efforts et une répartition plus équitable de ces efforts ». Dans un précédent article, M. Tarde examinaitî'aspect-répétition des phénoménes. Dans celui-ci, il examine leur aspect-opposition. Il élimine d'abord les« vaines, superficielles, et grossiéres oppositions » que conçut l'esprit .humain en sa débilité primitive : le jour et la nuit, le ciel et la terre, l'hiver et l'été, l'eau et le feu, l'air et la terre, la vie et la mort, la jeunesse et la vieillesse, la maladie et la santé. Puis, la science et ses observations et ses analyses venant, ces pseudo-oppositions ont disparu; mais elle en a fait surgir d'autres telles que celle, « factice autant que savante, entre l'animalitc et la végétation» dans le phénoméne de la respiration. Puis, avec Claude Bernard, la physiologie a démontré « l'unité fondamentale de la vie dans les deux règnes, tout comme l'astronomie, la météorologie, la chimie et la ( 1) La Propriété idéale, ch. XII.

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