LA REVUE SOCIALISTE prise se serait manifestée par un de ces chefs-d'œuvre d'ironie qui n'auraient pas fait rire M. Brunetière. Il n'eût pas manqué, j'imagine, de nous retracer les fureurs anthropologiques de l'Espagne brûleuse de juifs et de nous montrer le czar expulsant Israël de Russie au nom de l'ethnographie, faute d'avoir lu Élisée Reclus, un petit ethnographe de rien du tout qui nous affirme que les juifs modernes sont des Slaves. La politique partage avec la science le reproche d'avoir engendré l'antisémitisme. En se retirant sous leur tente, les conservateurs, les catholiques, ont laissé la place aux francs-maçons, aux protestants et aux juifs. M. Brunetière serait bien aimable de nous dire comment les catholiques auraient dû s'y prendre pour ne pas quitter la place, quand la nation les y invita par ses votes répétés. Regretterait-il qu'ils n'eussent pas recouru à ce que M. de Vogüé, il y a quelques jours, en pleine Académie, au nez d'un récipiendaire, membre du gouvernement de la République, à la barbe du président même de la République, appelait « une opération de police? » Ce serait oublier qu'ils tentèrent l'aventure, et leur reprocher de n'avoir pas eu la folie de la pousser jusqu'au bout. La domination des francs-maçons, des protestants et des juifs fit surgir la protestation antisémite, dit M. Brunetière. On ne peut avouer de meilleure grâcé que l'antisémitisme est un mouvement politique essentiellement confessionnel et que son vrai nom est le cléricalisme. Ce n'est pas au décret de 1791 donnant aux juifs droit de cité que s'en prennent les gens de ce parti, mais à l'édit de Nantes lui-même, dont ils espèrent une seconde révocation. Sera-ce tout? Que non pas. Cette querelle de famille terminée, même sans attendre qu'elle le fût, on pourrait montrer à ceux qui ont l'audace de ne pas aller i la messe et l'effronterie de se passer des sacrements que les cendres du bûcher où périt le chevalier de La Barre peuvent être ranimées par le souffle d'une religion d'amour. Vous entendez bien que les catholiques victorieux n'iraient pas aussi loin, et que j'exagère à dessein. Mais si la persécution, car il y aurait persécution contre tout l'élément non catholique, n'irait pas jusque-là, c~ ne serait pas au catholicisme pur qu'il en faudrait rendre grâces, mais au déjà plus que séculaire adoucissement des mœurs prêché et imposé à tous par l'élément non catholique. Si aujourd'hui les catholiques seraient incapables de vouer à d'autres flaµ1mes que celles de l'enfer quiconque ne pense pas comme eux sur la Trinité ou l'Incarnation, c'est un peu la faute à Voltaire et aux autres « docteurs de l'incrédule », qui ont éte aussi les docteurs de la tolérance. Le boycottage des institutrices laïques dans certaines communes de la Bretagne nous donne une idée adoucie de cette persécution dont la forme aiguë pourrait cependant se manifester par des
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