La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE geance ne me réveillera pas dans la tombe. » Quoi, pas même la philosophie de l'octogénaire de La Fontaine? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage. N'y a-t-il dans . la société contemporaine que des jeunes gens coureurs de dots et des vieillards désabusés, que d'affreux bourgeois et d'indulgents aristocrates? M. G. Clemenceau finit par voir comme Alphonse Daudet, quoique sa vue aille infiniment plus loin. Et il conclut avec une pointe de mélancolie et d'attendrissement : « Il faut plaindre ceux qui, pouvant être les plus justes, les plus grands, n'ont que l'ambition bassede se mo11t1-e1p·,our un temps, les plus forts. » Mais c'est la« douleur universelle » de Sébastien Faure! Certes, la compassion pour les plus forts honore ceux qui planent assez haut par-dessus les misères contemporaines, pour se donner le luxe de pareils sentiments. Une belle et noble émotion en même temps qu'un grand plaisir littéraire, voilà ce que les socialistes trouveront dans Les plus forts; et je ne reprocherai pas à M. Clemenceau son pessimisme, car il l'exprime sous une forme admirable, dans une langue neuve, énergique, excellente. * * * Le Désastre, de MM. P. et V. Margueritte, est une collection de récits et de traditions sur la chute de Metz en 1871. Les détails et les anecdotes sont empruntés aux souvenirs écrits ou oraux des survivants et groupés autour de la personne d'un commandant d'artillerie attaché à l'état-major. Le procédé a l'inconvénient de laisser le lecteur incertain sur la part de la vérité et sur celle de la fiction; ce qui ne va pas sans lui donner un peu de lassitude; mais c'est le défaut du genre, et que l'on admette ou non cette forme de pseudo-mémoires, il faut reconnaître que les auteurs en ont tiré tout le parti possible, avec une émotion vraie, exempte de déclamation et une sincérité de bon aloi pure de parti-pris. MM. Margueritte ont mis en œuvrc à peu près tout ce que l'histoire nous apprend de la capitulation de Metz et je ne crois pas que rien ait été par eux déformé ou atténué. Le cadre de leur récit ne va guere que des lieutenants aux colonels. Au-dessous, les soldats • sont à peine entrevus de temps en temps. Dans les premières pages, un coup d'œil rapide sur « la chambrée, cette simple chambrée qui sentait la taniere » .... « - Je t'en fais grâce, hein? dit Lacoste. Ça ne sent pas bon. » Plus loin, apres la déroute de Forbach, « une file de chasseurs à

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