LA LITTÉRATURE ET LA CRITIQUE SOCIALE 475 joliment quelques morceaux que lui composa son père et finit par fabriquer lui-même de convenable façon les produits de son éloquence .... Ainsi « l'orateur de la jeunesse » se trouva coté comme le fournisseur ordinaire des âmes bien pensantes qui redoutent l'excès d'expression ou de saveur ». « Le « Bouguereau de la tribune », disait Mmede Fourchamps, pour éloge superlatif ... Tel quel, au premier raqg des hommes de sa génération en quête d'opinions profitables, Montperrier avait trouvé sa voie de prime abord, et, sans « les égarements » qui avaient déparé la jeunesse de son pere, s'était enrôlé d'instinct au service des plus forts. » Ce fils de proscrit - aisément reconnaissable - est en train de « faire le grand mariage que commandait sa destinée ». Réussira-t-il à épouser la fille de Harlé, c'est là qu'est toute l'intrigue du roman, mais non pas l'intérêt principal. Car M. Clemenceau a donné à Claude Harlé une âme indécise qui flotte entre le rêve de domination et d'hommages éveillé par Montperrier, et l'humanité simple et bornée représentée par Deschars, prétendant effacé, et par le marquis de Puymaufray, le grand premier rôle du roman, le champion de la faiblesse en face des plus forts. Éleve des jésuites et cancre incorrigible, puis zouave pontifical sans ardeur ,plus tard ruiné par la fête à Paris, pendant les dernières années de l'Empire, Henri de Puymaufray s'est retiré en Poitou, dans sa gentilhommière délabrée, avec la sagesse, mais aussi avec le désenchantement. Que le personnage soit vivant et vraisemblable, nous n'avons pas à l'approfondir, puisque n_ous sommes devant un roman social. Candide n'est pas un homme, mais il est plus qu'un homme, un type éternel. Prenons Puymaufray comme un type: Il représentera ce que Harlé n'est pas, ce que Montperrier n'est pas, mais, qu'est-il, lui, de son côté? Il vaut mieux que les plus forts, mais il a commencé par vivre en paresseux insouciant et l'amour des hommes ne lui est venu qu'à la fin de sa jeunesse et après la perte de sa fortune. Il fume sa pipe avec le forgeron du village et le contremaître de la papeterie, mais il n'a rien de commun avec eux et ne côtoie leur existence que par l'effet d'une tardive bonhomie. Certes, il écoute sans indignation l'expression .de leurs vagues espérances, pas souvent d'ailleurs, deux fois en tout. « Cela n'est pas très beau, dit le contremaître, ce que je vois à présent. Il me semble que la justice à la place de la force, ce n'est pas ça que vous appelleriez un mal ! » Et le même reprend à la dernière page : « Les plus forts, voyez-vous, pour être les plus forts, sont obligés d'abord de s'arracher le cœur. Ils ne seront pas toujours les plus forts. Les plus faibles vous vengeront.» Encore Puymaufray ne croit-il pas beaucoup aux prédictions de Quetté. « Mon ami Jean, ta ven-
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