REVUE DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE matérialisme historique, par le docteur Stillich. Sàns doute on peut détacher, par une anatomie qui ressemble a une boucherie, l'idée du fait. Mais combien les doctrines philosophiques prennent-elles de relief, replacées dans leur milieu économique? L'auteur, en suivant cette méthode, aboutit à de trés heureuses formules sur les diverses périodes de la philosophie antésocratique, sur les sophistes, sur Platon, sur Aristote, sur les épicuriens et les stoïciens. Du reste, pour ces dernières écoles, plus ou moins consciemment, les grands historiens de la philosophie s'étaient montrés marxistes. Qui s'est jamais avisé d'exposer les systèmes de Platon et d'Aristote sans les replacer au sein de la cité antique et de parler de l'école épicurienne et stoïcienne sans la rattacher à la dissolution du système économique sur lequel reposait -cette cité antique? Au même ordre d'idées, répond une remarquable monographie d'Henrick Cunow, les Bases éco11omiq11deus 111alriarcat. L'auteur, s'appuyant sur les travaux les plus récents, parmi lesquels les siens propres, rend compte avec une lucidité supérieure des apparents paradoxes résumés sous l'expression devenue courante de cc matriarcat». Il montre, je crois, qu'on doit rejeter l'hypothèse d'un état de promiscuité primitive, restreindre beaucoup l'importance physique du régne des méres, expliquer ce qui reste du matriarcat, ainsi dégagé des légendes scientifiques, par les conditions économiques fondamentales : nourriture, chasse, pêche, spécialisation des fonctions. La base physique de la vie sociale est fortement posée. Le matérialisme historique, grâce a ces travaux, est de mieux en mieux compris. Sans doute, on ne peut nier que les idées aient une force. La psychologie et la sociologie des idées-forces ont été brillamment et solidement exposées en France. Mais cette force est dérivée. L'esprit, au sens idéaliste du mot, est un épiphénomène. A moins qu'on n'en fasse un avatar de l'incognoscible, cher à Kant et à Herbert Spencer. Et c'est, je pense, contre cette métaphysique trop commode que le matérialisme historique est dirigé. * * * Municipal Affaires, c'est le titre d'une grande revue qui nous arrive de New-York et qui est tout entière, sans excursions permises, consacrée en effet aux choses municipales, à la cité. Ce n'est pas à dire que les hautes questions sociales soient étrangères au recueil. Tout au contraire. Mais ces problème~ philosophiques ne sont que discutés incidemment, au cours d'une monographie exclusivement municipale. C'est aiAsi qu'à propos de l'éclairage électrique, R. R.. Bowker pose le dilemme : l'État ou la Ville, lequel des deux?
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