La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

44 LA REVUE SOCIALISTE aimions les savants et protégions les sciences. » Cette différence d'atmosphére morale en dit long et peut servir à expliquer bien des choses. La France de la Révolution fut ardemment éprise de la science, et voilà pourquoi tant de savants illustres prirent leur essor aux jours d'enthousiasme où elle improvisait le génie comme la victoire. Nous l'avons précédemment constaté, l'établissement du systéme décimal, les travaux en vue de la détermination de l'unité métrique des mesures, les créations des écoles d'un esprit nouveau, l't'.:cole polytechnique en tête, et la substitution d'un institut philosophiquement groupant, aux anciennes académies divisées et, partant, sectaires, enfin, planant sur tout cela, le suprême effort tenté pour la défense sacrée du sol de la patrie, enfantérent, peut-on dire, des miracles, les vrais miracles admissibles, aux yeux de la raison. Les nobles ouvriers incarnant en leur personne ces prodiges de l'intelligence humaine élevée comme au-dessus d'elle-même par la grandeur, le prodigieux incommensurable des événements, forment l'élite savante dont les noms méritent de servir de caractéristique à la science du dix-neuviéme siécle. Nous venons de résumer en quelques traits parlants ce que fut Monge; Lagrange est avant tout un des maîtres, parmi les maîtres, de l'analyse mathématique, et Auguste Comte a pu qualifier sa conception« d'admirable par sa simplicité, par sa perfection logique, par l'unité philosophique qu'elle a établie dans l'ensemble de cette analyse mathématique, jusqu'alors partagée en deux mondes presque indépendants »; Legendre a fait avec Cassini et Méchain la reunion trigonométrique des ob·servatoires de Paris et de Greenwich, révisé tous les calculs de la méridienne de Barcelone; Lacroix doit sa réputation à ses éminentes qu,alités de clarté professorale et à son Traité de calcul difJfrentiel et intégral; Poinsot doit la sienne à ses Eléments de statique et aux mémoires précieux qui y ont été•ajoutés. Les travaux des Chasles, des Lamé, des Bertrand, etc., forment une digne suite aux travaux de leurs grands devanciers, et nous conduisent jusqu'a l'heure présente. Les applications plus spéciales des mathématiques aux arts et métiers, a l'astronomie, à la mécanique et aux sciences physiques appellent, les personnifiant, les noms des Carnot, des Poisson, des Charles Dupin, des Cauchy et Poncelet (hydraulique), Biot, Fourier (chaleur), Ampére (magnétisme), Prony (mesure des effets dynamiques des machines de rotation); de Laplace, le légitime héritier de Newton, qui a si superbement fait fructifier son héritage; d'Arago, qui, lui, s'est montré le digne successeur de Laplace; du Hanovrien Herschel!, qui immortalisa son nom par des travaux de premier ordre

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