La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

TESTAMENT DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE 43 se sert du terme cru : viole); comme on a dit, les comparant à lui, que Legendre en faisait le siége méthodique, traçant autour de la place toutes les prudentes circonvallations possibles, et que Ligrange la courtisait en amant subtil et charmant, la séduisait, irrésistible de grâce et de galant manège. A côte de ces trois hommes ainsi groupes dans un cadre de contrastes, on ne peut oublier Laplace, Laplace traçant son immortel sillon, sans rel:.Che, ainsi qu'un bœuf de génie au labour. Nul homme de science peut-être ne fut plus marqué au coin de la Rl'.:volution que Monge. Il lui dut tout, fut, en quelque sorte, son incarnation scientifique. C'est pourquoi nous nous ·arrêtons plus spécialement sur sa personnalité, sans, pour cela, prononcer un jugement de rang à décerner entre Lagrange, Legendre, Laplace et lui. On vient de voir la Révolution lui permettant de rendre publique sa géométrie descriptive. C'est pour rl'.:pondre aux besoins du haut enseignement dont elle le chargea, qu'il porta au degrl'.:de supériorité que l'on sait ses travaux d'analyse appliquée à la géométrie. Pour clic il s'était fait fondeur de canon, le jour; théoricien de la .chose, durant les heure:: de nuit prises sur son sommeil. Pour satisfaire, par des simplifications basées sur l'abstraction mathématique, aux nl'.:cessités de la société industrielle cnfantcc par cette révolution au moins autant économique, socialement écono1'nique, que politique, il découvrit ses applications de la géométrie aux arts. Dans cc but également, ses recherches sur le feutrage et la fabrication du fromage de parmesan, étudiée sur place, en Italie, où il était avec nos soldats. En Égypte, c'est encore en compagnon de marche d'une colonne de l'expédition qu'il assiste au phcnomène du mirage, dont il a fourni une explication. Une telle individualité devait mourir du retour de l'ancien régime. Monge en mourut effectivement, doublement assassiné : frappé au cerveau et au cœur. Rapprochez cette fin des jours de triomphe où le grand g~omètre avait été chargé d'apporter au Directoir~, avec Berthier, le traité de Campo-Formio, et 011 Bonal?artc, croyant utile à son ambition de flatter le goût des Français d'Jlors pour les savants, écrivait : << Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le traité définitif qui vient d'être signé ... Le citoyen Monge, un des membres de la commission des sciences et des arts, est célèbre par ses connaissances et son patriotisme. Il a fait estimer les Français par sa conduite en Italie; il a acquis une part distinguée dans mon amitié : les sciences, qui nous ont révélé tant de secrets, détruit tant de préjugés, sont appelées à nous rendre de plus grands services encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes, nous rcvélcront des secrets pl us essentiels encore au bonheur des hommes; mais il faut que nous

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