442 LA REVUE SOCIALISTE ment social : la richesse. Telle jeune fille pauvre préférerait un jeune homme au barbon que ses parents lui présentent, néanmoins c'est le barbon qui sera son époux. La nature prendra sa revanche, l'observation quotidienne de la vie et la littérature de tous les temps en témoignent avec une éloquence abondante. L'or de la riche épousée et du riche épouseur serviront au besoin à cette revanche de la nature, à l:iquelle la raison et la morale n'auront pas d'ailleurs plus de part qu'elles n'en eurent à la formation du lien mal assorti. Ces disconvenances ont existé de tout temps, même dans les hordes les plus primitives où l'inégalité des conditions ne consistait pas encore dans le pouvoir permanent donné à un individu sur ses semblables par une plus grande richesse méritée ou acquise, mais dans l'exercice temporaire de sa force ou de son adresse. La pratique assez générale de l'exogamie dans les tribus de primitifs contemporains nous montre assez que le plus vigoureux ou le plus habile peut seul exercer son pouvoir de prcférence par l'enlevement impuni de la femme qu'il a distinguée. Dans cet état, la femme ne préfére pas; elle subit la loi du mâle, la loi du plus fort, comme la subissent les mâles les plus faibles qui ont désiré mais n'ont pu conquérir la femme qu'ils préféraient; et ce n'est que clandestinement, en violant la loi, c'est-à-dire la volonté du plus fort, que les plus faibles donnent à la nature les revanches qu'elle exige. L'opinion, qui n'est que l'habitude du fait acquis, transforme en lois et préceptes le droit du plus fort qu'elle renforce ainsi; et toute tentative de libération personnelle, au lieu d'être une incitation à la libération de tous, devient une transgression de la loi réprimée par ceux-là mêmes qu'elle a frustrés de leur liberté. Il est à remarquer que cette soumission à la loi, au moins verbale, est si générale et si absolue dans l'antiquité historique que, sauf celle d'Aristophane, nulle ceuvre littéraire de la période grecque, où cependant la philosophie, les dieux et le destin même sont soumis à la raillerie ou à l'invective, n'ose s'attaquer à cette question, ou peut-être n'y songe. Les tragiques grecs nous font des récits d'inceste, nul ne chante une mésalliance; il faut arriver.aux comiques et aux satiriques latins. pour trouver fréquemment l'équivalent de l'unique scéne de Plutus, dans laquelle on voit une vieille femme riche payer les faveurs d'un jeune homme. Nous touchons ici à la preuve essentielle que la littérature ne crée pas des idées, mais exprime en idées Les faits qui lui sont contemporains et surtout propage ces idées. Là se borne son action sur le progrés général, et il faut bien dire que cette part est encore assez belle pour justifier notre admiration et notre reconnaissance. L'admirable épisode biblique de Ruth et de Booz nous est un précieux document sur le désaccord entre les co'nditions sociologiques, psychologiques et physiologiques de la préférence. Booz est vieux,
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