440 LA REVUE SOCIALISTE jamais eu rien de commun avec la préférence sexuelle et ses conditions réelles. L'exemple célèbre d'Abélard n'infirme en rien cette vérité d'expérience. Quand il se fit aimer d'Héloïse il était jeune, et à ses attraits physiques le suffrage public ajoutait l'auréole de la gloire; de plus, il était le professeur d'Héloïse. Quantité de jeunes filles offrent encore en secret au maître qui les enseigne les prémices de leur cœur, de même que quantités de dévotes trouvent au confessionnal un attrait voluptueux qui les étonnerait et les scandaliserait si on le leur dénonçait. Mais qui ne voit qu'il y a, dans ces cas très fréquents, très ordinaires, impression physiologique autant que psychologique. Celle-ci a pu précéder celle-là dans la formation précise d'un sentiment qui ne s'exprimera d'ailleurs peut-être jamais; mais, même quand le professeur ou le confesseur est un vieillard, c'est par l'appel obscur et inanalysé des sens que se forme dans le cerveau la cristallisation psychologique qui s'imagine, quand elle prétend s'analyser, trouver ses causes en elle-même. Or, nul phénomène ne se cause soi-même et tout ce qui est dans notre intelligence y est venu par les sens, et seulement par eux peut se manifester. A présent, il va de soi que les conditions psychologiques de la préférence, ajoutées aux conditions physiologiques et si rarement indépendantes de celles-ci que cette indépendance est l'exception à la règle générale que nous posons; il va de soi, disons-nous, que ces conditions psychologiques ont un pouvoir d'autant plus déterminant sur la préférence qu'elles seront plus évidentes chez celui qui les réunit ou mieux discernées par celui qui les requiert. Il est rare que la grande majorité des jeunes gens tombent ~moureux d'une fille réputée pour sa beauté. Est-ce mépris de cette beauté? Elle s'impose comme une évidence. Est-ce défiance d'eux-mêmes? Ils sont à l'âge présomptueux. C'est donc un instinct, créé par une ancestrale expérience, qui les avertit de ne point prendre une jument de luxe pour labourer le champ ou tourner la meule. Si de l'individu nous nous élevons a la catégorie, nous voyons qu'en dehors des alliances de classe sociale, qui seront traitées plus loin, les alliances de classe intellectuelle sont la règle générale. Une institutrice répugnera à épouser un ouvrier, fûtelle plus pauvre que lui, et préférera un employé dont le gain chétif et aléatoire ne lui donnera pas le bien-être et la sécurité qu'elle aurait trouvés auprès de l'ouvrier. De son côté, un homme cultivé, fût-il très pauvre et sans avenir, n'épousera pas volontiers une femme de mentalité inférieure, à moins d'être dominé par les conditions purement physiologiques de la préférence ou déterminé par des conditions sociologiques : espoir d'un emploi, dot, espérances, etc. Il faut reconnaître que les hommes consentent plus volontiers que les femmes à ces mésalliances intellectuelles, et cela s'explique par l'infériorité sociale et
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