LA FAMILLE IDÉALE 437 tude, les mêmes gestes, les mêmes phrases, les mêmes goûts, les mêmes répulsions, les mêmes talents, les mêmes apparentes ignorances qui caractérisent toutes les jeunes filles bien élevées, ou plutôt les décaractérisent. Le mariage une fois consommé, le masque tombe, la femme reste, et l'amour s'évanouit. L'amant, de son côté, a joué une comédie identique, a masqué lui aussi son véritable caractère dans les attitudes, gestes et paroles de convention pour tout jeune homme en posture de fiancé, et ainsi, bien des lendemains de noce forment le dénouement de la comédie des deux Gaspards, où les pipeurs se trouvent pipés. Alors la comédie est finie et le drame commence. Il est bon et juste, il est conforme aux meilleurs destins de l'espèce que la préfèrence sexuelle soit avant tout conditionnèe par des mobiles physiologiques; l'humanité ne peut que gagner force et beauté par cette nécessaire forme primordiale de la préférence qui écarte de l'œuvre de reproduction les géniteurs et génitrices de qualité inférieure. En France, et jusqu'à une époque relativement récente, c'est-à-dire jusqu'à l'obligation du service militaire imposée à tous, qui a coïncidé avec une diminution de sévérité dans le choix des jeunes soldats et jusqu'à l'exode des jeunes paysans des deux sexes vers les villes, un jeune homme reconnu impropre au service militaire trouvait difficilement à se marier au village, à situation égale, cela va de soi; car le riche le plus infirme et le plus dégoûtant a toujours trouvé et trouvera toujours de la jeunesse, de la santé et de la beauté à son service en échange de son or. Mais il est légitime que la préférence soit d'abord déterminée par des motifs physiologiques; e-llene pourrait l'être uniquement par ces mobiles que si l'association intersexuelle se limitait à l'acte de reproduction et cessait avec l'accomplissement de cet acte. L'histoire de l'humanité pour le passé, le sens commun pour le présent, le raisonnement pour l'avenir, nous disent hautement qu'il n'en est rien. Une chose digne de remarque, c'est que la préférence pour des motifs d'ordre intell_ectuel et surtout moral, exerce plutôt son action dans la classe non possédante. Pourtant, celle-ci, plus près de la nature· par l'inculture dans laquelle l'a laissée la classe possédante, semblerait au premier abord obéir avec plus de spontanéité aux impulsions physiologiques. En réalité, il n'y a pas de différence de spontanéité entre les jeunes gens des deux classes, mais tandis que les fils de la classe aisée n'ont qu'à tirer de leur poche quelque monnaie de leur superflu pour trouver immédiatement la satisfaction de leur désir· sexuel, les fils de la classe pauvre doivent s'ingénier à plaire à la jeune fille qu'ils convoitent et, partant, de s'occuper de ses qualités intellectuelles et morales, ne fût-ce que pour reconnaître le point faible par lequel ils emporteront la p_lacé.
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